
Les livres du mois
novembre
Elke
Heidenreich
Un cochon pour la vie
Le chien de Noureev
Illustr. de Michael Sowa
Editions Sarbacane
Dès 13 ans et pour tous
Les éditions Sarbacane lancent ces jours une toute nouvelle collection
appelée Les petits romans illustrés ; deux ouvrages l’inaugurent,
ils sont du même auteur, Elke Heidenreich, et du même illustrateur,
Michael Sowa, et c’est tant mieux puisque cela nous permet de les confondre
tous deux dans une même affection ! Impossible, en effet, de choisir
entre Un cochon pour la vie, qui voit une femme rejoindre un ancien amant
pour passer les fêtes de fin d’année avec lui à
Lugano (et son voyage sera comme transfiguré par la présence
d’Erika, un gros cochon de peluche rose qui a le don d’attirer
sur lui les regards, mais aussi les paroles, les pensées, les doutes),
et Le chien de Noureev, magnifique évocation de la fin de la vie du
danseur qui laissa à sa mort un molosse ventru, aussi laid que placide,
qui pourtant cachait un étonnant secret… Les textes, dans leur
belle traduction, sont riches d’émotions contenues, de causticité
piquante, d’humour tendre ; et les illustrations de Sowa nous plongent
dans des tableaux admirables – voyez les rues de Berlin sous la pluie,
et cette femme qui hèle un taxi, un cochon accroché à
son cou comme un enfant. Couverture, format, teintes, d’emblée
tout attire le lecteur, tout le captive… et rien ne le déçoit
!
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 15 septembre 2007
Jean-François Chabas
La Reine des heures
L’Ecole des loisirs / Médium
Dès 11 ans
Les
récits de Jean-François Chabas ont toujours une portée
initiatique, ils élèvent le lecteur vers des perspectives, un
enjeu ou une connaissance qui transcendent l’histoire elle-même,
la mettant au service d’une cause qu’on pourrait nommer humaniste,
si l’on ne craignait d’être pompeux. Nieves raconte sa vie
en internat, à Quito, jusqu’à cette rencontre bouleversante
avec un jeune Indien vendeur de paniers tressés : Jaime, dont le prénom
dénonce la passion de sa mère pour un Blanc, sa passion mais
aussi « sa faute ». Nieves tombe folle amoureuse de Jaime, mais
la haine et le mépris que l’Indien voue aux Blancs ne souffrent
aucune exception. Pas de happy end, mais une belle histoire d’amour
malheureux ; pas de consolation, si ce n’est celle du temps qui passe
et que symbolise La Reine des heures, cette tortue de 185 ans qui a vu défiler
l’histoire et qui, elle seule peut-être, est parvenue à
traverser les âges douloureux et demeurer indemne.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 15 septembre 2007
David
McNeil
Confisqué
Images de Jean-Luc Allart
Patrick Couratin pour Panama
Dès 6 ans
« Avant de commencer, mettons les choses au point. N’apportez
pas vos jouets, si j’en vois un traîner il sera confisqué.
Vous m’avez bien compris ? CONFISQUE ! » Page après page
– et quelles pages : dimensions hors normes pour un album qui l’est
aussi, le décor ne change pas : une salle de classe à l’ancienne,
avec son estrade, ses cartes de géographie, ses tableaux d’anatomie,
mais la voici soudain envahie par une multitude de robots, locomotives et
autres dinosaures. Impitoyablement saisis au cours des ans par l’instituteur
revêche, ils profitent des vacances pour investir à leur manière
les lieux ! Les illustrations magistrales de Jean-Luc Allart créent
une atmosphère parfaitement onirique, tandis que David McNeil (qui,
dans Quelques pas dans les pas d’un ange racontait comment il peignait
des galets avec son père, Marc Chagall, avant de les lancer dans la
mer), montre une nouvelle fois ici sa belle sensibilité aux secrets
du monde de l’enfance.
Un grand format tout carton pour laisser se déployer les rêves
des petits écoliers qui continuent, année après année,
à aller à l’école avec leur jouet préféré
caché au fond de leur poche…
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 1er septembre 2007
Stephanie Blake
Je veux pas aller à l’école
L’Ecole des loisirs
Dès 4 ans.
On
a beau être un « Superlapin » (un lapin coquin déjà
bien connu des enfants pour son sens de la répartie), il arrive que
l’on ait un souci de taille ! Ce souci, pour quelques instants, fait
perdre à Simon un peu de sa belle assurance : demain, c’est son
premier jour d’école. Quand sa maman le prévient de l’imminence
de ce grand jour, sa réaction ne tarde pas : « ça va pas,
non ? » Ce sera le leitmotiv qu’il opposera à chaque tentative
adulte de lui faire miroiter l’intérêt et la joyeuseté
de cette perspective. Mais le lendemain en fin d’après-midi,
lorsque sa maman vient le chercher et lui annonce qu’ils rentrent à
la maison, Simon n’a qu’une phrase à lui rétorquer
: « ça va pas, non ? »
Très coloré, amusant et impertinent (mais pas trop), avec ces
coquettes prévisibilités narratives qui plaisent tant aux enfants,
avec cette vivacité graphique et typographique qui fait de la lecture
une petite aventure de chaque instant, cet album est une jolie manière
de dédramatiser une situation délicate, ou de sourire, en famille,
de cette préoccupation qui ne concerne que les autres lapins, bien
sûr !
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 1er septembre 2007
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