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Les livres du mois

avril

Davide Cali
L’ennemi
Illustr. de Serge Bloch

Editions Sarbacane. Dès 7 ans et pour tous
Davide Cali et Serge Bloch, les auteurs du très bel album Moi, j’attends… (prix Baobab 2005), se retrouvent pour une nouvelle collaboration qui est aussi une nouvelle réussite. L’ennemi met en scène un soldat de la Grande Guerre ; au fond de sa tranchée, il essaie d’imaginer « l’autre », que son manuel présente comme un être cruel et sans pitié, seul responsable d’un conflit qui n’en finit pas. Invisible au fond de son trou, cet adversaire fantasmé est également en train de lire un manuel, sûrement aussi mystifié, aussi fatigué, puis aussi perplexe que… son ennemi.
Le ton presque neutre, comme détaché, ainsi que la construction souvent symétrique de l’ouvrage donnent une réelle densité aux interrogations du soldat, à cette conviction qui peu à peu l’envahit, que tout cela est absurde, que désobéir serait une solution.
Edité en partenariat avec Amnesty International et l’Historial de la Grande Guerre, L’ennemi est un album intelligent et engagé, un plaidoyer à l’image des personnages dessinés par Bloch : sobre, d’une noirceur souriante, d’une délicatesse très convaincante.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le Temps du 10 février 2007


Gert Hofmann
Notre philosophe
Trad. de Yasmin Hoffmann et Maryvonne Litaize

Actes Sud/Babel j. Dès 14 ans et pour tous
Publié une première fois chez Actes Sud en 1997, Notre philosophe trouvera sûrement un nouveau lectorat avec cette réédition dans une collection pour grands ados et jeunes adultes. Et c’est heureux, tant cette histoire (magnifiquement traduite) de la dérive d’une petite ville vers l’intolérance et la cruauté est exemplaire. Nous sommes en Allemagne, à la fin des années 30 ; le professeur Veilchenfeld, un intellectuel juif, représente tout ce que les nazis et la masse obéissante de leurs sympathisants haïssent : son appartement est rempli de livres, ceux qu’il a écrits et ceux qu’il a lus. Sous le regard d’un enfant, le lecteur va assister à l’exclusion, aux humiliations successives, et en fin de compte à la lente mise à mort d’un homme – un voisin, un simple citoyen allemand lui aussi – par une société sûre de son bon droit. Gert Hofmann, toujours attentif à la mémoire de son pays, réussit là une démonstration d’une clarté absolue, implacable : il fallait la naïveté, autrement dit l’absence de conditionnement de l’enfant-narrateur pour poser les bonnes questions, risquer les bons gestes là où même les adultes « bien » finissent par baisser les bras.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le Temps du 10 février 2007

Gaëtan Dorémus
Nulle part partout

Autrement Jeunesse. Dès 5 ans.
Ils sont trois, et ils ont cherché partout ; le chien a fouillé les buissons, les collines, les plages ; le poisson a parcouru la mer, sauté par-dessus les vagues puis replongé dans les grands fonds et la mouette est allée plus loin que les nuages. Ils doivent se rendre à l’évidence : l’homme a disparu.
Le lecteur ne sait pas ce qui lie les trois bêtes, pas plus qu’il ne mesure au juste ce que représentait l’homme pour elles : un compagnon de jeu, ou de pêche, ou même un simple passant bienveillant. Mais ce qu’il devine avec certitude et émotion, c’est que la disparition de cet être qui leur était cher marque aussi le début d’une amitié nouvelle : c’est dans et par le souvenir de l’absent – il est partout, la nature l’évoque à chaque instant – que tous trois vont apprivoiser leur existence sans lui.
Magnifiquement inspiré, Gaëtan Dorémus propose là une histoire sobre et cependant riche de résonnances. Parler de la mort avec tant de grâce, tant de pudeur, évoquer le manque en traçant les riches contours de la vie sous toutes ses formes, terrestre, marine et aérienne, et placer cela sous le signe d’une affection naissante : la générosité du projet du jeune auteur-illustrateur interpelle le lecteur à chacune des pages si évocatrices de ce beau livre.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le Temps du 24 février 2007

Vincent Cuvellier
La première fois que je suis née
Illustr. de Charles Dutertre

Gallimard Jeunesse / Giboulées. Dès 6 ans.
« La première fois que j’ai vu papa, il pleurait. Mais il avait aussi un immense sourire. Il me regardait comme s’il me voyait pour la première fois. D’ailleurs, il me voyait pour la première fois. » Toutes les « premières » d’une vie sont évoquées ici en une cinquantaine de saynètes pleines d’esprit : Vincent Cuvellier retrace un parcours baigné de tendresse, de la naissance de la petite fille (qui grandit, qui tombe amoureuse), jusqu’au jour où elle devient mère à son tour : « La première fois que tu es née, c’est la deuxième fois que je suis née. » La boucle est bouclée, et le lecteur est charmé.
Les images malicieuses de Dutertre contribuent à faire de cette lecture un moment de réflexion joyeuse et colorée, conviant l’humour dès que l’occasion se présente ; et parce que chaque scène sonne juste et doux, parce que ce livre raconte la vie comme elle va, avec ses jours heureux et ses heures lourdes, il trouvera un écho auprès des petits comme des plus grands.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le Temps du 24 février 2007

 

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