Les livres du mois
juin
Nozomi
Ishikawa
Bonjour !
Trad. de Mayako Kameda
Actes Sud Junior. Dès 5 ans.
La
vitalité de l’édition jeunesse japonaise n’est plus
à démontrer : d’une part elle influence indéniablement
les créateurs occidentaux, d’autre part, comme c’est le
cas ici, elle séduit les éditeurs qui s’empressent de
traduire les (courts) textes et reprennent les images inventives et raffinées
de l’album original.
Que fait une cane lorsqu’elle découvre un œuf géant
? Elle le tapote, le réchauffe d’un bonnet et d’une écharpe,
espérant que son occupant se manifeste – mais sans succès.
Alors elle monte un spectacle de cirque, clowns et trapézistes, acrobates
et jongleurs – toujours pas de réaction. En revanche, après
quelques coups de grosse caisse bien sonnés…
C’est un album délicieux, aux pages épurées, aux
teintes douces : gris souris pour la couverture, puis bleu tendre pour les
pages intérieures. Un ballet s’y déroule, rythmé
de contrastes légers ; à la blancheur de l’œuf et
du palmipède succèdent les accoutrements drolatiques des compagnons
de basse-cour venus en renfort, les plans rapprochés des premières
rencontres cèdent la place à de belles scènes d’ensemble
où la double page devient le théâtre d’opérations
cocasses… jusqu’au très malicieux clin d’œil
final !
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 7 avril 2007
Frédéric
Magnan
Les vacances idéales
L’Ecole des loisirs. Dès 4 ans.
Pablo
le lapin n’est pas heureux : il habite une grande ville grise, pluvieuse,
et il s’y sent seul ; personne ne se soucie de lui, aucun ami ne l’invite
à partager un bouillon de carottes bien chaud… Alors il décide
de partir : la route vers le soleil sera longue, semée d’embûches,
mais surtout de rencontres.
L’attrait des images de Frédéric Magnan doit beaucoup
à sa généreuse et judicieuse utilisation des craies grasses.
Les tout-petits seront vite sous le charme de sa faune urbaine et campagnarde
: des animaux humanisés aux visages préoccupés pour le
côté « ville », des situations chaleureuses et des
faces joyeuses pour le côté « champs » ; c’est
peut-être un peu tranché, mais le message final mettra tout le
monde d’accord : en fin de compte, plus que de dépaysement, c’est
de compagnie et d’amitié que Pablo avait besoin, et les animaux
de la ferme lui offrent ceci de bon cœur… Comme quoi on peut être
journaliste spécialisé dans la presse économique et décider
un beau jour de se consacrer uniquement, et avec bonheur, à la littérature
pour la jeunesse…
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 7 avril 2007
Thierry
Dedieu
Les enfants de la lune
Seuil Jeunesse.
Dès 6 ans.
Thierry
Dedieu a déjà publié de très nombreux ouvrages,
et ceci dans tous les registres, du plus sombre au plus léger. Où
faut-il situer son dernier album ? Du côté de la gravité,
sûrement, puisqu’il est dédié aux enfants qui souffrent
d’une maladie très rare qui les oblige à vivre à
l’abri de la lumière, loin du soleil, et qu’il met précisément
en scène l’un d’eux. Mais aussi du côté de
la légèreté, tant les mots sont aériens et chantants,
tant les images incitent à la rêverie, prenant par la main le
petit lecteur pour une traversée de la nuit et de ses secrets : personnages
échappés des contes, somnambule en pyjama rayé, chats
gris souris… on en croise, du monde, de ce côté-ci de la
vie !
« Ils ont la pâleur des bougies, la permission d’après-minuit.
Les enfants de la lune voient des choses que les autres enfants ne voient
pas. » Et ils ont trouvé en Dedieu leur poète du décalage,
leur troubadour de l’envers du décor qui, à l’aide
de ses ciseaux, leur apprête un univers d’encre et de papier.
Si la lumière du soleil est absente de ce livre, il en est une autre,
très belle, qui émane des mots, du rythme des phrases, de l’étrangeté
volubile des images.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 21 avril 2007
Hélène Vignal
Gros dodo
Illustrations de Claire Franek
Editions du Rouergue/Zigzag.
Dès 9 ans.
Autre
sujet douloureux, lui aussi abordé avec une grande justesse de ton,
celui du coma d’une mère. Il faut oublier le titre, qui fait
allusion à la façon de voir les choses de la jeune sœur
de l’héroïne et ne rend pas justice au texte, jamais bêtifiant.
Lorsqu’elle apprend l’accident de sa maman, Marion vient de recevoir
un magnétophone ; elle surprend une conversation et comprend que les
personnes dans le coma entendent sûrement ce qui se dit autour d’elles
; alors elle décide – à la manière d’un petit
postino – d’enregistrer les bruits de la maisonnée, des
pas crissant sur la première neige, les crêpes qui grésillent
dans la poêle, toutes ces manifestations d’un quotidien joyeux
susceptible d’aider sa maman à « se réparer ».
Une belle complicité avec un papa soucieux, de vives illustrations
au trait noir qui accompagnent, illuminent, mais aussi bousculent parfois
le texte, une fin heureuse et surtout une remarquable sensibilité au
degré de compréhension et de perception des jeunes lecteurs
: le tandem Hélène Vignal et Claire Franek propose là,
sur un sujet grave, une très juste approche.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 21 avril 2007
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