


Les livres du mois
octobre
Marie-Christophe
Ruata-Arn
Qui a volé la marionnette ?
La Joie de Lire.
Dès 11 ans
Un
papa se retrouve seul, en plein mois d’août, avec une adolescente
boudeuse sur les bras ; son couple est en crise – informaticien à
la police, il cumule heures supplémentaires et rentrées tardives
– et il doit passer un mois loin de chez lui dans le cadre d’une
collaboration entre cantons. Des éléments difficiles à
gérer, que l’arrivée de Lena, nombril à l’air,
ne facilite guère ! Et pourtant… Parce que tous deux vont se
trouver impliqués dans une enquête étrange, ils vont partager
bien des émotions et finalement apprendre à mieux se connaître.
Troisième roman pour les adolescents de la Genevoise Marie-Christophe
Ruata-Arn, Qui a volé la marionnette ? est intéressant à
plus d’un titre : la marionnette dérobée étant
une de celles que Klee avait fabriquées pour son fils, la curiosité
des lecteurs devrait y voir une belle invitation à découvrir
le Centre Paul Klee de Berne d’où elle a « disparu »
; de plus, si l’histoire mêle de façon classique soucis
familiaux et enquête policière, il se trouve, et cela est bien
moins habituel, que c’est le père de l’adolescente qui
en est le narrateur. Un recentrage à la fois attachant et convaincant,
qu’accompagne, en discrète toile de fond, la découverte
d’une sensibilité artistique.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 28 juillet 2007
Valérie d’Anglejan
Versailles et la galerie des Glaces à la loupe
Le Seuil / Le Funambule.
Dès 9 ans
Après plusieurs années de restauration, la célèbre
galerie des Glaces du Château de Versailles a rouvert ses portes il
y a un mois. L’historienne et éditrice Valérie d’Anglejan
propose, par une approche autant interactive que ludique, de partir à
la découverte non seulement du bâtiment lui-même, mais
aussi, grâce à des « zooms » artistiques (détails
picturaux et architecturaux) judicieusement choisis comme base d’exploration,
de la vie quotidienne à Versailles, de la France à l’époque
de Louis XIV, des personnages de la cour, etc. En se focalisant sur une particularité
donnée, avant d’extrapoler vers de multiples horizons, la démarche
interpelle le lecteur, relance sans cesse son intérêt. La mise
en page très soignée, la qualité des reproductions, quelques
images avant et après restauration, ainsi que les pages finales sur
les techniques et matériaux utilisés, les professions mobilisées,
tout concourt à faire de cette lecture une visite aussi savante qu’éblouissante,
et ceci pour tous les âges.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 28 juillet 2007
Claudine
Galéa
A mes amoures
Illustr. de Thisou
Editions du Rouergue / ZigZag.
Dès 9 ans
On
trouve depuis quelques années des romans pour adolescents évoquant
plus ou moins directement l’homosexualité, qu’elle soit
féminine ou masculine ; aborder ce thème avec de plus petits
enfants n’est certes pas une chose aisée ; deux livres s’y
sont récemment risqués. A mes amoures de Claudine Galéa
met en scène une fillette qui « a envie de raconter une histoire
d’amour », celle de ses deux mamans. Ce roman où texte
et illustrations vivent eux aussi une belle histoire, se mêlant et s’emmêlant
au fil des pages, n’occulte rien, mais tout y est dit avec délicatesse.
Même la sexualité des deux femmes apparaît au détour
de certaines questions de l’enfant, leurs gestes de tendresse et d’amour
au quotidien. La grande réussite de l’auteure, c’est d’avoir
su imaginer une constellation d’amitié autour de cette petite
famille, la situant dès lors au cœur de la société
et non dans une sorte d’idéalisation intellectuelle. Et c’est
en jouant avec les mots, et donc avec une jolie dose de poésie, que
la fillette avance dans sa quête. « Je trouvais que c’était
beau d’être la fille d’un amour pareil » dit Rosalie.
C’était beau aussi de l’écrire.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 18 août 2007
Anna Boulanger
Papa, c’est quoi un homme haut sèkçuel ?
Zoom éditions.
Dès ? ans
Le
second ouvrage, un album, me semble plus discutable ; si, d’un point
de vue artistique, il est très réussi (avec des illustrations
légères, reprenant des expressions pour les interpréter
au premier degré mais de façon onirique), son texte pose problème.
Un enfant raconte : chaque week-end, il va chez son papa qui est un monsieur
joyeux puisque « tout le monde dit qu’il est gai ». Suivent
alors, et c’est là que les choses à mes yeux dérapent,
les différents sobriquets (le terme insultes serait plus exact) à
l’aide desquels le voisinage, la famille désignent ce papa. Je
manque sûrement de culture gaie, mais je dois avouer que la plupart
de ces expressions m’étaient inconnues : « Uranien »,
« chevalier de la tasse », « travailleur du prose ».
Pourquoi les ressortir de tiroirs où elles se trouvaient très
bien ? Pourquoi risquer de devoir expliquer « brouteuse de gazon »
ou « amateur de terre jaune » à un enfant qui n’a
pas, si on ne les lui inculque, les aversions des adultes ? Je regrette qu’un
livre stigmatise avec lyrisme et prenne le risque de réinventer, sous
prétexte de créativité, des ostracismes.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 18 août 2007
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