
Les livres du mois
avril
Katharina Grossmann-Hensel
Comment maman a changé la vie de papa (et vice versa)
Trad. Anne-Judith Descombey
Editions NordSud
Dès 5 ans.
Mais
comment ont-ils bien pu tomber amoureux, ces deux-là ? Parce que plus
différents qu’eux, ce n’était pas possible…
« Eux », ce sont le papa et la maman du petit narrateur. Et ce
que raconte l’enfant, c’est bien le miracle de l’amour,
qui réunira un obnubilé du rangement, de la numérotation,
vivant précautionneusement dans un univers gris et aseptisé,
et une jeune femme pleine de fantaisie, régnant sur un désordre
chamarré. Katharina Grossmann-Hensel, une jeune auteure-illustratrice
allemande, raconte ici les péripéties qui ont présidé
à cette improbable rencontre qui métamorphosera les deux amoureux
: papa se met à aimer les couleurs et maman perd les siennes dès
qu’elle voit papa. L’enfant qui voulait savoir pourquoi on tombe
amoureux en sera pour ses frais : tout cela reste bien mystérieux…
C’est particulièrement dans les images que se perçoit
la douce ironie de l’illustratrice, son souci du détail charmant,
son humour taquin. Son beau sens des couleurs, aussi : elles délivrent
leur part de message muet tout au long de ce joyeux album qui parle d’amour
aux enfants tout en insistant sur la part d’imprévu, d’irrationnel
même. Un livre pétillant !
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 9 février 2008
Charlotte
Garson
Amoureux
Actes
Sud junior / La Cinémathèque française
Dès 14 ans.
Après
le mystère de l’amour, sa démystification ? Non, rassurez-vous.
Si ce documentaire sur l’amour tel que le montre le septième
art analyse en détail de multiples scènes, c’est en préservant
leur part de rêve, de magie, mais tout en donnant aux adolescents les
clés qui permettent de saisir le fonctionnement d’une séquence,
l’efficacité d’une stratégie narrative, le choix
d’un plan. Qu’il s’agisse d’un mélodrame ou
d’une comédie, rares sont les films qui n’ont pas leurs
scènes de rencontre, de séparations déchirantes, de séduction.
Comment le réalisateur fait-il passer une émotion, comment crée-t-il
telle attente chez le spectateur, comment sublime-t-il les sentiments qu’éprouvent
ses personnages ? On navigue ici entre la technique et l’intuition,
entre l’artifice et l'inconscient. Et de nombreux exemples, une riche
iconographie rendent le propos vivant et concret. Un nouvel opus de l’intéressante
collection « Atelier du cinéma », proposé par une
spécialiste, Charlotte Garson, qui est en particulier rédactrice
aux Cahiers du cinéma.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le Temps du 9 février 2008
Jo
Hoestlandt
Ill. de Carmen Segovia
L’Amour qu’on porte
Milan jeunesse
Dès 7 ans.
«
Je ne suis pas trop lourd ? je lui demandais. Tu es lourd, bien sûr
! disait mon père, mais pas trop. Ce qu’on porte avec amour n’est
jamais trop lourd… » C’était du temps où le
narrateur était petit encore, se fatiguant vite lors de ses longues
promenades avec son père qu’il ne voyait que rarement. Or le
temps passe, et bientôt c’est le père qui peine à
suivre son fils, bientôt c’est lui qui devra s’inquiéter
: « Je ne suis pas trop lourd ? »
Quel magnifique album, qui dit le lien attentif entre un père vieillissant
et un fils grandissant, un fils qui traverse les âges et les autres
amours de la vie pour retourner parfois à celui-là, qui dure
mieux… Le texte de Jo Hoestlandt effleure les choses avec sobriété,
mais elles n’en ont que plus de force. Et les images de Carmen Segovia
– oui, ce sont deux femmes qui ont si bien su raconter et montrer cette
transmission filiale – sont d’une justesse exceptionnelle : des
teintes oscillant entre le gris et le brun, des paysages agrémentés
de papiers collés, ton sur ton, silhouette sur silhouette, aucune rupture
mais une façon de suggérer que cette histoire d’une vie
avait besoin d’être un peu bricolée, un peu rafistolée
: il y a des choses plus fragiles que d’autres, et le lecteur le comprend
avec sérénité, heureux qu’on le laisse feuilleter
ce tendre patchwork d’une vie d’homme.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 23 février 2008
Elisabeth
Brami
Ill. de Carole Gourrat
Chère Madame ma grand-mère
Nathan Poche
Dès 12 ans.
C’est
un roman fulgurant, qui en quelques lettres échangées trace
le chemin de plusieurs existences, dont aucune ne fut facile. Olivia, douze
ans, prend l’initiative d’écrire à une femme qu’elle
soupçonne être sa grand-mère. Cette dernière lui
répond très froidement, mais elle lui répond, aussi Olivia
continue-t-elle sa quête. Peu à peu des éléments
se mettent en place : des non-dits, des malentendus, mais surtout la douleur
de perdre prématurément un fils, et voilà plusieurs vies
qui s’éloignent les unes des autres alors que des liens étroits
les unissent.
La psychologue Elisabeth Brami s’attaque là aux secrets de famille,
qui empêchent les enfants de bien grandir et rongent la vie des adultes
; c’est un ouvrage qu’on peut par exemple proposer à des
adolescents qui n’aiment pas les longs textes, mais souhaitent malgré
tout éprouver les émotions vives et les attentes qui naissent
d’une lecture éclairée.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 23 février 2008
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