

Les livres du mois
août
Pascale
Bouchié et Yvan Pommaux
Véro en mai
L’Ecole des loisirs.
Dès 11 ans
Pour
tout savoir de mai 68, pour en parler avec ses enfants, pour se souvenir qu’alors
on lisait Tintin et le Temple du soleil et que Zorro et Sébastien parmi
les hommes berçaient les soirées, mais surtout pour mieux expliquer
et comprendre cette époque, les événements politiques
et sociaux qui peu à peu ont fait naître ce mois de mai explosif,
il faut lire en famille Véro en mai d’Yvan Pommaux et Pascale
Bouchié.
On a beaucoup vu, beaucoup entendu, ces derniers temps, sur mai 68, mais pas
des yeux et de la bouche d’un enfant. Véro, du haut de ses 9
ans, a les préoccupations d’une fillette de son âge, mais
une fillette qui cherche aussi à comprendre les soucis de ceux qui
l’entourent. Cela donne un ouvrage foisonnant, où les voix se
mélangent et polémiquent, où les points de vue se multiplient,
les slogans se scandent et se taguent. Cela donne des pages au contenu abondant
et varié, éclaté même puisque bande dessinée
et narration classique s’entrecroisent dans une sorte d’élégant
capharnaüm. Une réalisation riche, vivante et très convaincante.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 3 mai 2008
Nathalie Novi
La petite fille et l’oiseau
Didier Jeunesse.
Dès 5 ans
Par
quoi commencer ? Tant de choses s’accordent, dans ce bel album, pour
susciter l’intérêt et le plaisir de la lecture. L’histoire
est celle d’une petite fille endimanchée qui s’ennuie.
Quand des invités arrivent enfin, son ennui ne fait que redoubler :
c’est l’anniversaire de sa sœur aînée et personne
ne s’occupe d’elle. Alors l’enfant s’installe à
son piano, l’oiseau dans sa cage se met à chanter, la fillette
chante à son tour et « le monde, émerveillé, l’écoute.
»
Nathalie Novi délaisse, au long de ces quelques pages, ses pastels
multicolores : pour évoquer les intérieurs intimistes, la musique
qui peu à peu se déploie, des gris, des beiges bleutés,
des roses et des verts profonds ; pour dire le mal-être de la fillette,
sa difficulté à trouver sa place, des perspectives fortes, des
points de vue heurtés, des plans syncopés.
Ce livre est un double hommage : à l’enfance triste de Maria
Callas (et partant à toutes les enfances tristes…), et au court-métrage
New York 1935 de Michèle Ferrand-Lafaye, sur ce même thème.
En fin d’album, le lecteur a le rare privilège d’entrer
dans les coulisses de la création, puisqu’on nous montre croquis
et dessins préparatoires à l’origine de l’ouvrage.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 3 mai 2008
Claire
A. Nivola
Mama Miti, la mère des arbres
Trad. d’Ariel Marinie
Le Sorbier / Amnesty International.
Dès 7 ans
«
Quand Wangari Maathai était petite, les montagnes qui entouraient la
ferme de ses parents, au centre du Kenya, étaient toutes habillées
de vert. » Mais quelques années plus tard – entre-temps,
la jeune fille est partie étudier aux Etats-Unis – que de changements
: les arbres ont été abattus pour céder la place à
des cultures revendues par des paysans qui ne mangent plus à leur faim
et la terre, privée de racines et d’ombre, se dessèche
ou souille les rivières à la moindre pluie. Wangari décide
alors d’apprendre aux femmes de son village à planter à
nouveau des arbres et à en prendre soin.
L’histoire est belle, et elle est vraie ; 30 millions d’arbres
reboisent aujourd’hui le Kenya et
Wangari Maathai a reçu en 2004 le Prix Nobel de la Paix pour ses actions
en faveur de l’environnement et leurs conséquences bénéfiques
sur les hommes. L’auteure-illustratrice Claire A. Nivola met ce récit
exemplaire à la portée des enfants grâce à un style
simple et énergique, plus engagé que moralisateur ; et la composition
de ses pages (voyez la scène où Wangari distribue des boutures
aux soldats), de même que la finesse de son trait (rarement des visages
n’ont été aussi convaincants) sont admirables.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 17 mai 2008
Amos Oz
Soudain dans la forêt profonde
Trad. de Sylvie Cohen
Ill. de Georg Hallensleben
Gallimard Jeunesse.
Dès 10 ans
C’est
dans la collection « Du monde entier » de Gallimard que Soudain
dans la forêt profonde du romancier israélien Amos Oz a paru
la première fois ; agrémenté des généreuses
images de Georg Hallensleben, il devrait élargir son lectorat…
Le verbe est leste, mais le propos est grave, qui fustige l’oubli et
le déni, l’intolérance et l’aveuglement. Dans le
village de Matti et Maya, il n’y a plus aucun animal, pas même
le plus petit insecte, pas même un lointain vol d’oiseau. Pire
encore : la plupart des habitants nient férocement que tout cela ait
un jour existé, et celui qui dit le contraire est taxé de fou,
celui qui, d’une façon ou d’une autre, se distingue de
la masse des villageois est mis à l’écart. Les enfants
vont braver les interdits et partir dans la forêt profonde… Ne
plus accepter les non-dits, refuser de continuer à ignorer, dépasser
les différences, croire au pouvoir de la parole… autant d’incitations
qui naissent de ce beau conte aux allures de parabole philosophique.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 17 mai 2008
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