
Les livres du mois
janvier
Sven Nordqvist
Pettson n’a pas la pêche
Trad. de Paul Paludis
Autrement Jeunesse. Dès
4 ans.
Pettson
n’a pas la pêche, c’est l’automne et il cafarde, n’a
envie de rien si ce n’est rester chez lui et que son chat lui fiche
la paix ; mais les amateurs du fameux duo Pettson-Picpus, qui apprécieront
cette réédition, n’ont aucun souci à se faire,
le chat se chargera de redonner le moral au vieux bonhomme grincheux. Certes,
ce ne sera pas facile, et tant mieux pour le lecteur : il savoure ainsi les
multiples tentatives du minet, toutes plus inventives, loufoques et tordantes,
toutes plus admirablement croquées par le trait fin de Sven Nordqvist,
auteur-illustrateur suédois qui mène ses ouvrages tambour battant.
Chaque image se déguste avec gourmandise : les intérieurs chaleureux
et désordonnés, l’ingéniosité du vieil homme
qui gère les tâches et les objets de son quotidien avec une dose
de créativité jamais démentie, les beaux paysages nordiques
– parce que Picpus finira par l’obtenir, sa partie de pêche,
et le sourire reviendra sur le visage de Pettson.
Un même sourire accompagne le lecteur tout au long de cette lecture
où l’on se sent bien, parce que les personnages, le texte, les
images s’accordent à créer un univers riche de complicités
et d’émotions.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 17 novembre 2007
Per Olov Enquist
Grand-père et les loups
Trad. d’Agneta Ségol
La Joie de lire. Dès 10 ans.
Pour
surmonter une petite peur, rien ne vaut… une grande frayeur ! Ce n’était
pas là l’intention première de la leçon de pédagogie
du grand-père de Mina – trop sympa, trop déluré
pour ça, le grand-père – mais c’est, bien malgré
lui, son résultat. Car la belle expédition en montagne se solde
par une rencontre avec des loups, des chasseurs et… un ours, sans compter
la chute de « l’adulte responsable » qui se retrouve dans
une crevasse avec une jambe cassée, quatre enfants et une chienne catastrophés
!
L’auteur suédois Per Olov Enquist mène son récit
et sa petite troupe dans un esprit de bonne humeur contagieux, égrenant
le texte de considérations philosophico-féministes, ou lyrico-anarchistes
pas piquées des hannetons, explorant les sensibilités tout en
plantant ici ou là quelques fanions écologiques et en prônant
quelques aberrations diététiques ; une « image parentale
» originale, puisque ce grand-père-là se casse bel et
bien la figure dans sa tentative d’éducation décomplexée,
laissant ainsi la possibilité à ses petits-enfants de se montrer
très à la hauteur.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 17 novembre 2007
Natali
Fortier
Graines de petits monstres
Albin Michel Jeunesse. Dès 4 ans.
L’un
raconte une histoire sans qu’une seule phrase ne soit articulée,
mais ce n’est pas pour autant un album sans texte, tandis que les pages
de l’autre se succèdent, à première vue invariablement
noires.
On le sait, les images possèdent un tel pouvoir narratif que les albums
peuvent se passer de mots. Mais tel n’est pas le cas pour ces Graines
de petits monstres : des mots existent bien, ils éclatent comme des
bulles sur la page de gauche, tandis qu’à droite se dessine,
dans des teintes sobres et douces, une étrange histoire : une jeune
fille arrose le sol, une chaise pousse, pleine de ramifications végétales,
et sur ces branches voici que de drôles de fruits apparaissent : des
graines de petits monstres ! « Hop ! », « schap, schap »,
« bing, bang, zim, boum », « cui cui, ouaf, piou piou »
: le texte est une succession d’onomatopées. Conduire l’histoire
par des bruits significatifs ne peut que ravir les enfants, toujours heureux
de découvrir les marges d’un système, les frasques fleurissant
au cœur des traditions. Il y a donc à cette lecture un côté
ludique, très théâtral, mais qui ne fait pas oublier le
charme des images : Natali Fortier fait naître un monde poétique
et insolite, jouant merveilleusement avec les conventions, qu’elles
soient narratives ou référentielles.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 3 novembre 2007
Menena Cottin et Rosana Farìa
Traduction et adaptation d’Alain Serres
Le livre noir des couleurs
Rue du Monde. Dès 6 ans.
Le
livre noir des couleurs offre quant à lui ses pages ténébreuses,
d’où se détache un texte en blanc, un texte qui dit…
les couleurs : « Le rouge est acidulé comme la fraise, puissant
comme la colère, et il fait mal lorsqu’il apparaît sur
son genou écorché. » Mais ces pages noires, si on les
touche, les effleure, on peut aussi y « lire » tactilement la
pluie, la mer, les feuilles et les fraises. Car ce livre s’adresse aussi
bien à des enfants mal ou non-voyants, qu’à des enfants
sans problèmes de vue : le texte est imprimé et en caractères
latins et en braille, tandis que les illustrations sérigraphiées
apparaissent en relief, légèrement brillantes pour que chacun
puisse expérimenter une lecture différente : dire les couleurs
par des sensations, des références imagées et sensuelles.
Ce livre, dans sa version éditée au Mexique, a reçu le
Prix Nouveaux horizons à la Foire du livre de Bologne de cette année.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le Temps
du 3 novembre 2007
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