
Les livres du mois
mai
Franz Hohler
Chipo et les pingouins
Trad. d’Ursula Gaillard
La Joie de lire.
Dès 10 ans
Souvent,
lorsque Chipo se réveille, il trouve dans sa chambre un petit bout
de son rêve de la nuit, timbre ou image de footballeur. Mais le jour
où un pingouin le salue, la situation devient compliquée. Grâce
à un aviateur rencontré lors d’un précédent
rêve, Chipo ramènera l’oiseau chez lui, en Antarctique.
Mais ce qui devait être l’achèvement de la mission des
deux aventuriers se révélera, une fois sur place, le début
de péripéties à répétition.
Franz Hohler est plus connu en Suisse alémanique que sous nos latitudes,
même si les éditions La Joie de lire traduisent régulièrement
ses récits pour les enfants ou les adolescents. Le dernier en date,
Chipo et les pingouins, est un savoureux hommage à l’imaginaire,
à sa capacité d’empiéter sur le réel, de
brouiller les frontières de nos perceptions.
Très accessible, malgré ses 270 pages, à de jeunes enfants
– la langue de Hohler est savoureuse, son récit déborde
d’humour et le narrateur y interpelle régulièrement son
lecteur sur un ton taquin et enjoué –, cette histoire véhicule
en prime un petit message écologique…
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 8 mars 2008
Suk
Jun Ye
Le Livre qui n’a jamais été ouvert
Oh Jung Taek
Trad. de Noëlla Kim
Autrement.
Dès 6 ans
Après
le Japon, c’est vers la Corée que les éditeurs francophones
se tournent depuis quelque temps, et c’est pour nous l’occasion
de découvrir de délicats univers et des messages forts. Le livre
qui n’a jamais été ouvert est une invitation à
la rêverie autant qu’à la réflexion. Un livre est
posé sur le sol d’une forêt : un lapin saute par-dessus,
un sanglier le renifle et s’en va, le vent tourne quelques pages. Un
livre qui n’est pas lu, c’est juste un objet de plus dans le décor,
un objet un peu incongru. Mais si une enfant s’en approche et commence
à le regarder vraiment, tout change…
Seules les illustrations évoquent cette transformation : parce que
soudain elles se colorent, parce que la fillette esquisse un pas de danse
libérateur, parce qu’ensuite elle emporte dans son sommeil un
peu de ce qu’elle a entrevu lors de sa lecture (et notre propre album
devient la couverture qui protège ses rêves). Il y a quelque
chose de vertigineux dans cette belle mise en abyme. Et tant de sobriété
dans le trait, tant d’expressivité, toutes deux sublimées
par les gris et les bruns raffinés du monde de la forêt, ne peuvent
qu’inspirer de secrètes expériences…
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 8 mars 2008
Anne
Brouillard
Trois chats
Le Sorbier.
Dès 4 ans
Il est à la fois touchant et intéressant de
se repencher sur ces Trois chats qui ont marqué l’entrée
en littérature de jeunesse d’une toute jeune auteure-illustratrice
belge. C’était en 1990, et depuis Anne Brouillard a fait un chemin
remarqué, a composé un univers qui souvent, comme c’est
le cas ici, se passe de mots, tant ses peintures parlent avec une intensité
admirable. Trois chats sont perchés sur une branche qui enjambe la
rivière. Dans l’eau, trois poissons ; les chats plongent, l’un
d’abord, puis les deux autres. Trois poissons, perchés sur une
branche, regardent trois chats dans la rivière…
Une simplicité immense pour une efficacité absolue : les enfants
sont souvent intarissables face à ces images vives et espiègles,
poétiques et pétillantes. L’art d’Anne Brouillard
s’affinera avec les années, privilégiant le trait et la
gravure, mais déjà elle nous suggère que tout est affaire
de point de vue, déjà elle nous emmène au bord de cette
eau qu’elle aime pour sa transparence et le miroir qu’elle offre
aux êtres : autant d’éléments omniprésents
et subtilement déclinés dans une œuvre désormais
reconnue.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 22 mars 2008
James Stevenson
Un Jour affreux
Trad. de Michèle Poslaniec
L’Ecole des loisirs.
Dès 5 ans.
Marie-Anne
et Louis viennent de vivre « un jour affreux » : celui de la rentrée
des classes. Ils sont là, petits et dépités dans le jardin
de leur grand-père, en train d’affirmer qu’ils n’auront
peut-être pas le courage de retourner à l’école
le lendemain. Habilement, le grand-père laisse entendre que le premier
jour est toujours le plus difficile, et d’ailleurs lui-même, il
y a bien longtemps… Commence alors le récit le plus glauque qu’on
puisse imaginer : brouillard, cloche lugubre, école sinistre, maître
terrifiant… Marie-Anne et Louis finiront par penser que, finalement,
leur école et leur maître ne sont pas si terribles que ça…
A la finesse de l’aïeul fort pédagogue s’ajoute une
autre idée de génie, celle de l’auteur-illustrateur de
cet album savoureux, qui va représenter le grand-père enfant
comme un clone en miniature de l’adulte, costume et moustache compris.
Dès lors, c’est toute la partie dessinée (et quel talent
dans le trait, vif, appuyé mais jamais excessif, de James Stevenson)
qui endosse l’humour malicieux de cet album aux allures de BD joyeusement
iconoclaste, paru une première fois en France et en Amérique
en 1985 : une réédition indispensable !
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 22 mars 2008
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