

Les livres du mois
novembre
Jean-Pierre
Milovanoff
La carpe de Tante Gobert
Illustr. de Lino
Actes Sud-Papiers et Heyoka Jeunesse
Dès 7 ans.
Joël
Pommerat
Pinocchio
Illustr. d’Olivier Besson
Actes Sud-Papiers et Heyoka Jeunesse
Dès 11 ans.
Et si cet
automne vos enfants lisaient du théâtre comme ils liraient un
(bon) roman ? Juste pour le plaisir, ou pour essayer d’en jouer quelques
bribes, d’inventer à leur tour dialogues et mise en scène.
Il faut dire que la tentation est grande, lorsqu’on a entre les mains
les très jolis ouvrages illustrés de la collection « théâtre
» d’Actes Sud-Papiers et Heyoka Jeunesse. Depuis 1999, Actes Sud–Papiers
et le Centre dramatique national de Sartrouville se sont associés pour
coéditer Heyoka Jeunesse, des pièces pour les jeunes lecteurs
et bien sûr aussi les jeunes spectateurs, puisque ces ouvrages sont
régulièrement montés sur scène.
La Carpe de Tante Gobert est une très rafraichissante farce estivale
: une vieille tante revêche, un pêcheur amoureux, une carpe immense
et insaisissable, et le jeune Philippon qui débarque un beau jour au
sein de ce petit monde lacustre parce que son père veut qu’il
apprenne « le malheur et la discipline » ! Romancier et dramaturge
reconnu, Jean-Pierre Milovanoff trouve le ton juste – juste caustique,
juste léger, juste souriant – lorsqu’il écrit pour
les enfants, et on apprécie les lunettes à la fois mordantes
et éclairantes qu’il nous propose de chausser.
Ce n’est pas un Pinocchio mis au goût du jour, mais plutôt
un Pinocchio revisité sous l’éclairage d’une part
de la solitude et de la pauvreté, celles de son « papa »
et créateur, et d’autre part de la vérité, celle
que prétend détenir et respecter « le présentateur
» de l’histoire. Les éléments du conte sont là,
mais les cartes sont parfois redistribuées, parfois les rôles
inversés. On est plus proches du pantin de Collodi que de celui de
Disney, car la société dans laquelle évolue ce Pinocchio-là
est particulièrement effrayante, privilégiant les pires valeurs
qui soient : l’apparence, l’argent, le refus de tout effort d’apprentissage.
Heureusement, une bonne fée veille, et Joël Pommerat a l’art
de construire ses dialogues avec une vivacité roborative.
Sensibiliser le jeune public à l’écriture théâtrale
contemporaine, permettre une lecture vivante, colorée et animée,
ces objectifs sont largement atteints par les deux parutions agréablement
illustrées parues en ce début d’été.
Sylvie
Neeman
Article paru dans Le
Temps du 9 août 2008
Roberto
Beretta
Andreu Llorens
En ville de A à Z
Editions du Panama
Dès 5 ans et pour tous.
Une
fois cet ouvrage refermé, non seulement vos enfants et vous ne regarderez
plus la ville de la même façon, mais vous risquez bien de vous
retrouver, appareil photo en bandoulière, à parcourir des lieux
que vous croyiez connaître mais qui acquièrent soudain une autre
dimension, poétique, narrative, symbolique ou tout simplement ludique.
Roberto Beretta, bientôt rejoint par Andreu Llorens, a parcouru Londres
à la recherche d’images susceptibles de composer cet alphabet
urbain plein d’originalité et d’élégance
: une antenne pour le F, une grille tordue pour le K, le reflet d’une
grue dans une paroi vitrée pour le T. Pas de mots, pas de titre sur
la couverture cartonnée, mais des photographies remarquables et une
pause au milieu du livre pour laisser un espace au paratexte, à l’explication
de la démarche. C’est simple et beau, cela nous parle et nous
invite à regarder mieux, ou différemment, les éléments
du quotidien qui nous entoure.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 26 juillet 2008
Michael Morpurgo
Seul sur la mer immense
Traduction de Diane Ménard
Gallimard Jeunesse
Dès 13 ans et pour tous.
Il
fut une époque (pas si lointaine, dans les années 1950-1960)
où on aimait bien se débarrasser des gens encombrants en les
envoyant vivre à 20'000 kilomètres de leur patrie, qu’ils
soient des délinquants, des assassins ou… des orphelins. C’est
ce qui est arrivé au narrateur de la première partie de ce beau
récit ; Seul sur la mer immense de Michael Morpurgo raconte l’odyssée
d’Arthur et de ses compagnons d’infortune, une dizaine d’enfants
anglais largués au milieu du bush australien et confiés à
un fermier aussi chrétien que sadique qui, sous prétexte d’accomplir
l’œuvre de Dieu, fera des orphelins ses esclaves et ses souffre-douleur.
Mais Arthur et Marty, son aîné, prendront leur destin en main,
feront de magnifiques rencontres, ils grandiront et vivront des jours heureux,
puis à nouveau douloureux. Leur destinée vous accroche et vous
lisez d’une traite les 300 pages de ce roman où la nature et
surtout la mer sont très présentes. La seconde partie de l’ouvrage
– par ailleurs superbement écrit et traduit – donne la
parole à la fille d’Arthur qui va achever, et à plusieurs
titres, l’histoire de son père, faisant en solitaire sur son
voilier le voyage inverse, celui vers l’Angleterre… Une lecture
à l’image de celui qui nous l’offre : lumineuse et d’une
profonde humanité.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 26 juillet 2008
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