
Les livres du mois
août
Charles Perrault
Le Chat botté
Illustr. d’Albertine
La Joie de lire
Dès 4 ans.
Il
est ondulant, louvoyant et maigrichon, le chat botté d’Albertine
(ceux de mon enfance étaient bien nourris, et se campaient fièrement
sur leurs pattes arrières pour mieux montrer leurs qualités
et dimensions humaines…). Le texte de Perrault, entièrement respecté
ici, le présentant comme un opportuniste rusé, Albertine lui
donne la souplesse, la malléabilité qui lui permet d’épouser
les courbes du paysage, autant que d’adopter les attitudes – et
les aptitudes – qui serviront son maître et ses dessins.
Si la plupart des illustrateurs se confrontent un jour ou l’autre aux
contes de la tradition, tous ne réussissent pas à trouver le
juste équilibre entre l’hommage – comment pourrait-il en
être autrement ? – et l’appropriation, l’interprétation
personnelle. L’illustratrice genevoise y parvient : la fraîcheur
acidulée de ses décors, ses silhouettes désormais reconnaissables
entre toutes, ses perspectives pleines d’humour et ses motifs familiers
renouvellent ici facétieusement le regard du lecteur.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 9 mai 2009
Valérie Zenatti
Vérité, vérité chérie
L’Ecole des loisirs / Mouche
Dès 8 ans.
Valérie
Zenatti suggère quelques belles vérités dans son dernier
roman « pour les enfants qui aiment déjà lire tout seuls
». Parler des secrets de famille aux plus jeunes n’est pas une
chose aisée, puisque s’il y a secret il y a généralement
conduite intolérable, honte, malheur ; et en bout de chaîne il
y a souvent un enfant trop mûr pour son âge, trop parfait, qui
sent peser sur ses épaules un poids magistral, qui éprouve une
responsabilité qu’il ne comprend pas. Tel est bien le cas de
Camille, petite louve surdouée, fierté de ses parents, mais
petite louve bien malheureuse le jour où elle doit faire le portrait
de son grand-père : elle ne sait rien de lui, et ses parents éludent
ses questions.
Vérité, vérité chérie jongle subtilement
avec les frontières du récit : on lit les aventures de Camille,
sa vie de jeune louve au sein d’une famille aimante, mais bientôt
le lecteur pressent qu’il existe une autre histoire, comme fondatrice,
celle, cachée, du grand-père et de son crime odieux : il y a
bien des années, il a dévoré tout cru une vieille femme
et sa petite-fille… L’humour ne manque pas, ni la tendresse, ni
la sagesse, qui mêlent le conte (dans sa version, moins cruelle, des
frères Grimm) aux péripéties d’une famille de loups…
comme vous et moi !
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 9 mai 2009
Juliette
Binet
L’ombre d’Igor
Autrement Jeunesse
Dès 5 ans.
L’ombre d’Igor : c’est le titre du livre, et ce sont
les seuls mots qu’il contient. Mais pour le reste, tant de finesse,
tant de justesse illuminent ses pages ! Juliette Binet a 25 ans, et déjà
une maîtrise parfaite de la narration sans paroles. L’ombre d’Igor
est porteuse des espoirs, des audaces du jeune garçon : elle ose ce
qu’il craint, elle achève ce qu’il esquisse à peine.
A l’arrêt du bus, c’est elle qui discute vivement avec une
demoiselle, c’est elle aussi qui lui prend la main. Pourtant quelque
chose se passe, que le lecteur ne voit pas, pendant le trajet, puisque deux
enfants souriants quittent le véhicule main dans la main, jouent ensemble,
parlent ensemble.
Un format modeste, un papier crème épais, un dessin d’une
légèreté admirable, et puis la parfaite utilisation de
l’espace de la page, où le blanc domine, où la couleur
gagne peu à peu sur le gris : ce beau travail d’édition
met en valeur la retenue et la virtuosité de l’illustratrice,
qui donne avec cette histoire de timidité et d’appréhension
une leçon de vie aussi légère, aussi grisante que le
tour en carrousel de deux enfants ravis…
Sylvie Neeman
Article paru dans Le Temps du 23 mai 2009
David Almond
Mon père est un homme-oiseau
Illustr. de Polly Dunbar
Trad. d’Anne Vantal
Actes Sud Junior
Dès 10 ans.
La
traduction est belle, mélodieuse, les illustrations offrent de lumineux
points d’ancrage à ce récit qui par ailleurs ne cesse
de décoller, et pour cause…
Le papa de Lizzie est persuadé qu’il est un oiseau : il coud
des ailes à ses habits, pépie, croasse, mange des vers, et surtout
il compte bien remporter le concours de l’Homme volant. Lizzie semble
partagée entre l’envie de se laisser gagner par la merveilleuse
folie de son père, et le souci de mesurer à quel point son comportement
est anormal. Impulsion enfantine ou sagesse presque adulte ? C’est en
tout cas l’intelligence du cœur qui lui dicte la conduite à
adopter : elle choisit d’entrer dans le jeu de son père, de s’inscrire
avec lui à ce concours déraisonnable, elle choisit de le suivre
dans cet univers fantasque et joyeux, de le prendre doucement par la main
et peut-être ainsi le ramener sur terre.
Dans ce bijou de livre où chaque personnage sonne juste, le ton est
à la fantaisie, à la compréhension, à l’amour
; l’absence de la mère n’est pas expliquée, mais
il se peut que ce soit là l’événement qui a précipité
le père dans un monde différent – plus léger.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 23 mai 2009
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