
Les livres du mois
juillet
Sarah Emmanuelle
Burg
Bravo petite poule !
NordSud
Dès 3 ans
La
richesse, l’originalité et la diversité de l’édition
pour la jeunesse aujourd’hui nous fait presque oublier qu’il existe,
encore et toujours, de « simples » et jolis livres pour enfants,
des albums colorés, légers, qui ne remettent pas en question
le monde tel qu’il va et dont la lecture n’a d’autres propos
que de susciter des sourires, de nourrir l’imaginaire. Honneur donc
à l’œuf, au mystère qu’il véhicule,
et à son cortège de traditions joliment revisitées…
C’est précisément du côté du folklore pascal
que nous emmène la maison NordSud : Bravo petite poule ! est la joyeuse
réédition, cartonnée, des aventures d’une poulette
à qui un lapin, pour de mystérieuses raisons, demande de pondre
un œuf ; la cocotte s’estime trop jeune pour accomplir une telle
tâche, alors elle va solliciter le cheval, la taupe, le mouton ; qui
donc acceptera de rendre ce service au lapin ? Son entreprise, on s’en
doute, ne sera pas couronnée de succès. Mais le livre, lui,
en rencontrera sûrement beaucoup auprès des enfants : l’absurdité
des situations ne leur échappent pas, pas plus d’ailleurs que
le comique des attitudes de protagonistes parfois un peu froissés dans
leur dignité. Et la structure récurrente, la reprise des questions
et des sollicitations sont autant d’éléments qui comblent
le goût des plus petits pour la prévisibilité –
jusqu’à la pirouette finale !
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 11 avril 2009
Michel
Van Zeveren
C’est à moi, ça !
L’Ecole des loisirs / Pastel
Dès 4 ans
La
palme de l’expressivité revient quant à elle sans aucun
doute aux animaux de Michel Van Zeveren. Une petite grenouille trouve un œuf
dans la jungle : « Ah ! Ah ! C’est à moi, ça ! »
s’exclame-t-elle aussitôt ; survient le serpent, qui ni une ni
deux entoure amoureusement l’œuf et déclare « C’est
à moi, ça ! ». Arrivent alors l’aigle, puis le varan
; tous, au grand dam de la grenouille, s’approprient l’œuf.
Mais lorsque ce dernier atterrit sur la tête – dès lors
fort courroucée – de l’éléphant, devinez
qui sera désignée à l’unanimité comme unique
propriétaire de l’objet litigieux ? L’histoire pourrait
finir là, mais une seconde chute relance le rire. L’extrême
simplicité des dialogues, la hiérarchie physique des animaux,
leurs dimensions et proportions, et donc leur façon d’occuper
l’espace, tout est très bien vu. Et les mimiques des protagonistes
se savourent page après page.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 11 avril 2009
Rudyard
Kipling
Si
Par un collectif d’illustrateurs
Trad. de Jean-François Ménard
Gallimard Jeunesse
Dès 10 ans
Hasard
de l’édition ? Deux ouvrages sont parus récemment, chez
deux éditeurs différents, deux ouvrages qui ont en commun le
même texte d’origine, mais pas le même traducteur, ni les
mêmes illustrateurs. Or le lecteur se trouve face à des univers
totalement différents, à des écrits qui ne partagent
pas grand-chose si ce n’est leur signification générale
: traduire, illustrer, c’est à l’évidence aussi
interpréter.
Le texte, c’est le fameux poème de Rudyard Kipling If…,
des lignes qui invitent un adolescent à réfléchir à
son rapport aux autres, au monde, un texte plein d’humanisme lorsqu’il
énumère les difficultés de la vie, tous les « si
» qu’elle requiert pour « devenir un homme ».
Le premier ouvrage est d’une modernité résolue : son épaisse
couverture de carton brut, au graphisme et aux couleurs percutants, extrêmement
séduisants, abrite les images d’une vingtaine de très
grands noms de l’illustration actuelle – pas la toute nouvelle
génération, mais plutôt celle qui a travaillé avec
Pierre Marchand, le fondateur de Gallimard Jeunesse, à qui ce livre
rend hommage. Lemoine, Delessert, Blake, Lapointe et tant d’autres se
sont vu confier quelques lignes, une strophe, un simple vers, c’est
ainsi que le poème page après page se construit, s’enrichit
du sens donné par le nouveau segment, de sa façon de se nicher
contre les mots qui le précèdent, et de l’interprétation
de l’artiste qui à son tour vient se situer dans une continuité.
C’est très beau et très fort.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 25 avril 2009
Rudyard
Kipling
Alors tu seras un homme, mon fils
Illustr. de Mauro Evangelista
Trad. d’Ivaëla
Grasset Jeunesse
Dès 10 ans
Mauro
Evangelista chez Grasset propose une toute autre vision : d’une puissance
symbolique rare, les images évoquent les grands personnages et épisodes
de notre ère, mais aussi du passé : une tour de Babel dans laquelle
on ne peut s’empêcher de voir l’une des Twin Towers, à
cause des oiseaux qui la menacent, Pénélope et son ouvrage dans
l’attente du retour d’Ulysse, Don Quichotte, Icare, autant de
figures dans lesquelles le mythe et la réalité se confondent
pour donner sens à la vie.
Lire l’un et l’autre ouvrage, sentir ce qui les rapproche et les
sépare, peser chaque mot, comprendre ce qui le relie aux images, c’est
toucher du doigt ce que signifie vraiment le travail des illustrateurs –
et des traducteurs.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 25 avril 2009
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