
Les livres du mois
juin
Irène Cohen-Janca
Les Arbres pleurent aussi
Illustr. de Maurizio Quarello
Le Rouergue
Dès 8 ans
C’est
un article paru dans Le Monde en octobre 2007 qui a inspiré ce beau
livre, et son titre si éloquent : Les Arbres pleurent aussi évoque
la maladie et le déclin du marronnier qu’Anne Frank observait
depuis la lucarne de la chambre où elle se cachait avec les siens,
à Amsterdam. L’arbre pressent qu’il risque d’être
abattu, alors il raconte : l’arrivée de la famille, la vie clandestine,
recluse ; il sait l’espoir et le réconfort qu’il a offert,
il sait les mots que la jeune fille écrivait à son sujet dans
son journal, la promesse de renouveau et la confiance qu’elle trouvait
dans ses rameaux renaissant au printemps. L’arbre dit la triste fin
de l’histoire, et la nécessité de ne pas oublier : lui
absent, il faudra qu’un autre marronnier s’élève
à sa place pour que le souvenir des événements passés
perdure.
Cet ouvrage soutenu par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah se
construit par évocations et citations successives ; il se veut un témoignage,
porté haut par cet observateur symbolique si vigoureux alors, et que
l’on aurait pu croire indifférent à la folie des hommes.
Les images de Maurizio Quarello, par leur tonalité sépia, par
leur extrême délicatesse, leurs étonnantes perspectives,
escortent attentivement ces évocations saisissantes.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le Temps
du 14 mars 2009
Ha Jae Kyoung
Retour à la forêt
Sarbacane
Dès 6 ans
Il
n’a pas eu une vie heureuse, le petit éléphant de cirque
: enfermé, attaché, contraint à des exercices de plus
en plus pénibles, on veut l’envoyer finir sa vie derrière
d’autres barreaux, au zoo. C’est alors qu’un curieux personnage
fait son apparition : fantôme, esprit, qu’importe, chacun donnera
le nom qu’il souhaite à l’étrange visiteur qui emmène
l’éléphant loin de sa cage, dans la forêt de son
enfance où il coule les heures les plus heureuses de sa vie. Mais est-il
vraiment encore en vie ? Cette douceur, cet apaisement ne lui sont-ils pas
offerts tout simplement par la mort ? La dernière page nous apprend
que l’éléphant fut enterré « dans la forêt
à laquelle il appartenait ».
L’histoire n’est pas triste, qui raconte longtemps le bonheur
retrouvé, qui montre une errance calme et crépusculaire, de
paisibles paysages, mais il y a tout de même beaucoup d’émotion
à entendre évoquer cette fin de vie. Et parce que ce Retour
à la forêt dit avant tout l’importance de la liberté,
cet album est soutenu par Amnesty International.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 14 mars 2009
Catherine
Dolto et Colline Faure-Poirée
Les papas
Les mamans
Illustr. de Frédérick Mansot
Gallimard Jeunesse, coll. Mine de rien
Dès 2 ans
De
petits livres qui s’adressent directement aux enfants et leur parle
d’eux, de leur univers ; pour Catherine Dolto, elle-même médecin
et qui fut à bonne école, « parler juste aux enfants est
une nécessité, car quand on comprend mieux, on grandit mieux.
» Une soixantaine d’ouvrages sont disponibles, ils ont pour titre
Les chagrins, La nuit et le noir, Les bobos, Chez le psy, La naissance, etc.
On le voit, c’est autant la vie psychique que biologique de l’enfant
qui est abordée ici, avec des mots très simples, des phrases
ciselées, apprêtées pour aller se déposer juste
là où il le faut, dans l’esprit du tout-petit qui se sentira
très compris.
Une quinzaine d’années après leur première parution
ressortent ce mois Les mamans et Les papas : un pluriel qui évoque
la richesse d’une relation unique, mais aussi la diversité des
familles aujourd’hui, la complexité des liens qui les définissent.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 28 mars 2009
Sophie Chérer
Ma Dolto
L’Ecole
des loisirs / Médium
Dès 13 ans
En
choisissant d’intituler son ouvrage, Ma Dolto, Sophie Chérer
voulait qu’on y entende certes le possessif, celui qui dit qu’on
va donner sa propre « version » d’une personne, mais elle
avait aussi envie que Françoise Dolto y prenne des petits airs de Ma’
Dalton, « mère tutélaire, rebelle patentée ».
C’est réussi : ce récit peu linéaire, pétillant,
ce patchwork d’éléments biographiques et d’évocations
cliniques, parvient à tracer un portrait tout aussi peu docile que
son modèle. Celle qui a toujours été « du côté
des enfants » nous apparaît comme une insatiable curieuse, libre
d’esprit et de ton, comme elle l’était derrière
le micro de cette radio qui la fascinait tant.
A Philippe Dumas, envoyé chez elle par des parents inquiets de son
intérêt pour le seul dessin, Françoise Dolto montre un
tableau laissé en gage chez un teinturier par un artiste fauché
: « Tu vois, plus tard, tu pourras toujours te débrouiller comme
ça, au moins tu n’auras pas à payer le teinturier. »
L’évocation est savoureuse, tout comme le sont les dessins qui
l’accompagnent.
Paru l’année dernière chez Stock, Ma Dolto est ici réédité
dans une collection pour les adolescents : c’est une bonne idée,
que celle de leur faire connaître cette femme qui a si bien su les écouter,
les décrypter, qui si tôt a décidé de leur consacrer
sa vie.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 28 mars 2009
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