

Les livres du mois
mai
Sara
Ce type est un vautour
Illustr. de Bruno Heitz
Casterman
Dès 7 ans
Pas
d’amoureux aujourd’hui, pas de ces « livres de circonstance
» qui parfois tombent trop à pic dans votre boîte à
lettres, mais deux ouvrages sur des amours difficiles, malmenées, deux
ouvrages enthousiasmants.
La première surprise vient des créateurs de Ce type est un vautour
: Bruno Heitz pour les illustrations, pas de problème, on reconnaît
son style, ses couleurs, on se réjouit déjà des perspectives
étonnantes qu’on entraperçoit, du trait franc, appuyé
; mais l’auteure, Sara, est-ce bien la Sara des papiers déchirés,
des silhouettes frémissantes, des décors vacillants ? Oui, c’est
elle, et c’est la première fois qu’elle donne un texte
à illustrer.
Un chien raconte le nouvel amoureux et son harmonica, la mère si séduite,
la fillette délaissée. Il dit comment il a dû veiller
sur l’enfant, quand sa mère l’oubliait – et s’oubliait
dans les bras du type, mais aussi que la femme est sortie de sa torpeur amoureuse
au premier geste agressif que l’homme a eu envers la fillette. Magnifique
texte, qui dans un langage familier esquisse quelques événements,
entre lesquels s’engouffrent tant de sentiments cachés, tant
d’attentes. Tout ceci vu à hauteur de chien, qui n’est
pas bien loin, heureux hasard, d’une hauteur d’enfant.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 14 février 2009
Hélène Vignal
Zarbi
Rouegue / doAdo
Dès 12 ans.
C’est l’histoire d’un avant et d’un
après. Ce qui les sépare, c’est l’adolescence de
Landry. Il y a eu le temps des jeux et des goûters, à présent
c’est le temps des cris, des insultes. Et toute une famille part à
la dérive, ne sait comment faire face à cet adolescent si mal
dans sa peau qu’il en contamine ses proches, totalement désemparés
devant cette atmosphère quasi guerrière qui a envahi la maison.
Dina dit son désarroi, mais elle mène malgré tout sa
vie de fillette de onze ans ; elle a, dans sa détresse, une clairvoyance
remarquable, elle a aussi pour ce grand frère une admiration qui n’admet
pas d’être déçue, une tendresse instinctive qui
lui dicte des gestes peut-être salvateurs : elle se couche contre lui
lorsque, au sommet de sa souffrance, il se scarifie les bras. Ce roman montre
une famille en grand danger de se perdre, mais qui va surmonter la crise.
L’auteure gouverne remarquablement cette barque chahutée, multipliant
les dialogues plutôt vifs, les cogitations incertaines, et ménageant
même un chapitre final aussi réjouissant qu’inattendu.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 14 février 2009
Eric
Mathivet
Attention insectes
Illustr. d’Alain Boyer.
Dès 8 ans.
Par
un collectif d’auteurs et d’illustrateurs
Fantastique corps humain !
Dès 10 ans.
Par
un collectif d’auteurs
Pirates
Illustr. d’Olivier Poli.
Dès 9 ans.
Les trois ouvrages sont parus aux éditions Larousse
Pour les lecteurs peu voraces, le documentaire est souvent une excellente
« entrée » dans le monde des livres. La riche iconographie,
les chapitres courts et variés et donc le caractère aisément
morcelable de la lecture, la prise directe avec une réalité
proche de l’enfant, ou au contraire très étonnante, sont
autant d’éléments qui attisent son intérêt.
Que dire alors de quelques ouvrages récemment parus chez Larousse,
dans les collections « Les explorateurs du savoir », « Destination
zoo » ou encore « Les livres à construire » ? Qu’ils
conjuguent ces qualités de façon exemplaire, puisque chaque
parution se présente sous la forme d’un coffret attrayant (à
l’aspect de livre mystérieux protégé par trois
serrures dorées pour Pirates, de gros dictionnaire pour Fantastique
corps humain !, de boîte en « bois » d’où s’échappent
quelques pattes poilues pour Attention insectes), coffret qui renferme un
livre et un objet à construire : crâne humain, mouche et scarabée,
bateau de pirates – pour flibustiers minutieux et persévérants…
Il s’agit donc d’une démarche et d’une approche particulières
: on privilégie l’aspect concret, on favorise le palpable et
le tangible et ceci peut-être un peu au détriment de la lisibilité
des manuels, dont le format est dès lors plutôt modeste. Mais
ils contiennent leur content d’informations ; ainsi, en une soixantaine
de pages très denses, le corps humain par exemple livre ses secrets
: son mode de fonctionnement, ses mécanismes de croissance, de défense,
les cinq sens, les types de maladies et leur prévention, etc. Les textes
sont brefs, les images bien légendées, les mots compliqués
renvoient le lecteur à un lexique agréable à consulter
puisque simplement en marge de la page. Tous ces chapitres sont généreusement
illustrés, et la lecture débouche sur (ou suit) une perception
très concrète du sujet abordé, puisque tridimensionnelle.
L’enfant, en assemblant, en construisant, affine sa perception des choses,
cette étape restant bien entendu très simplifiée, presque
anecdotique par rapport au contenu des manuels. Mais c’est une gratifiante
façon de joindre en quelque sorte le geste à la parole.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 31 janvier 2009
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