
Noël: des livres pour tous les âges !
IAkiko Hayashi
Traduction de Nicole Coulom
Trois petits Noëls : Dans le sac du Père Noël – Le frigo des lapins – Le pantalon bondissant
L'Ecole des loisirs. Dès 4 ans.
Il y a indiscutablement un côté « rétro » dans le trait d’Akiko Hayashi, et c’est justement ce qui fait son charme, et qui la distingue dans une production contemporaine souvent très graphique. L’artiste japonaise propose ici trois petits ouvrages carrés, joliment édités sous leur jaquette neigeuse, dans leur coffret solide.
On y trouve l’histoire d’un Père Noël qui sème ses cadeaux, celle d’une famille lapin qui offre des fraises à une fillette pour le gâteau du Réveillon, et même les aventures d’un pantalon farceur, très pressé d’aller fêter Noël. C’est fin, c’est délicat, c’est très réussi et c’est… une réédition, ce qui ne nous surprend pas, en somme.
Le livre que j’offrirais :
Kazuo Iwamura
Traduction de Paul Paludis
Les réflexions d’une grenouille – L’intégrale.
Autrement Jeunesse. Dès 6 ans et pour tous.
Parce qu’une grenouille qui se pose autant de questions sur la vie, l’amour, la mort, une grenouille qui réfléchit et rêve, qui observe et commente le monde, on n’a pas envie de la quitter ; alors quelle chance de cheminer à ses côtés tout au long de ces quatre albums reliés, qui ne forment ainsi plus qu’une longue et belle leçon de philosophie à la portée de tous, même des plus grands !
François Place
Le Secret d’Orbae
Casterman. Dès 12 ans.
Offrir – ou s’offrir – Le Secret d’Orbae, de François Place, c’est offrir une expérience de lecture inédite, au cœur d’une utopie somptueusement mise en scène : ce secret-là est un coffret, bel objet noir qui renferme deux romans et tout un portfolio d’illustrations originales en format 18,5 x 32,5 cm. Et même une carte géographique d’Orbae, pour mieux nous perdre dans ses mystères.
Comme à son habitude, François Place entraîne le lecteur dans un périple fabuleux ; deux récits le racontent, portés par deux voix différentes ; ainsi Le voyage de Cornélius cède la parole au livre suivant, Le voyage de Ziyara. Les deux voix cheminent d’abord, solitaires, indépendantes l’une de l’autre, puis lorsque les routes des jeunes gens se croisent, les discours se font écho, se mêlent et se répondent, avant de se séparer à nouveau. Car Cornélius quitte Ziyara, il veut plus que tout trouver les îles Indigo, dont l’existence n’a été attestée qu’une fois, cartographiées par un homme que cette « folie » mènera à l’exil.
On est en terres étrangères, et en même temps en pays connu – connu des lecteurs fervents de François Place, qui retrouvent des personnages, des lieux et des thématiques déjà croisés ailleurs, sur d’autres pages. On fréquente une faune et une flore inouïes, des individus inspirés autant que déterminés, tels ces cartographes et ces collectionneurs de terrae incognitae. Et puis il y a l’histoire d’amour qui lie les deux héros, leurs passions communes…
Avec une minutie d’enlumineur, avec une verve de poète migrateur, François Place invente, affabule, trace sa propre topographie. Une fois les romans achevés, on prend dans les mains les images, ces belles planches de gouache relevée de traits les plus fins, on les parcourt et on se souvient : telle bête monstrueuse on l’a croisée, telle salle on l’a visitée, et ces navires, ces forêts, ces montagnes. On n’a plus alors qu’à scruter la carte bleu nuit, et poursuivre encore
un peu l’enchantement…
Alain Le Saux
La boîte des papas 4
L'Ecole des loisirs / Loulou et Cie. Dès 1 an.
Alain Le Saux continue de mettre ses papas en boîte, et c’est tant mieux ! Le quatrième coffret se pare de vert pâle pour accueillir de petits albums cartonnés prêts à supporter de nombreuses lectures. Ainsi Papa gonfle, Papa aime, Papa docteur et Le nez de papa déclinent en quelques pages leurs refrains simples, mais rythmés par de mêmes constructions syntaxiques, autrement dit une diversité dans la répétition qu’affectionnent beaucoup les très petits enfants.
Et on retrouve ce qui fait le succès de tous les autres tomes : mimétisme craquant du fiston, gestes et tâches anodins du père hissés par l’enfant au rang d’exploit épique, et surtout un humour délicieux, basé sur les expressions, les postures, les mises en scène du duo.
Charles Perrault
Cendrillon
Dessins et décors de Juliette Binet
Gallimard Jeunesse / Giboulées. Dès 6 ans.
On est loin des écrans et des jeux vidéo, loin des lumières fortes et des images agressives. Cette Cendrillon-là est illustrée par Juliette Binet, artiste à la main légère, au crayon effilé, qui propose un coffret contenant tout ce qu’il faut pour transformer une « page blanche » en un petit théâtre d’ombres : des décors en noir et blanc, des figurines à peine colorées, une lampe dynamo pour éclairer le tout, et un livre ; on y trouve d’une part l’histoire de Cendrillon, et d’autre part des conseils pour la mise en scène et la représentation.
La technique est simple mais précise, l’esthétique est une merveille ; pour les plus petits, c’est aux parents de faire les manipulations, mais les enfants dès 8 ans devraient y parvenir sans peine.
Franz Hohler
Traduction de Genia Català
Contes abracadabrants
Illustrations de Nikolaus Heidelbach
La Joie de lire. Dès 9 ans et pour tous.
La page de couverture est presque une lapalissade : faire cohabiter les mots « Franz Hohler », « contes » et « abracadabrants » relève de l’évidence la plus joyeuse ! Après Le Grand Nain en 2004, voici donc à nouveau le duo Hohler-Heidelbach à La Joie de lire. De petits contes loufoques, insolites, certes, mais aussi poétiques, absurdes, philosophiques, des histoires qui en disent long sur les désirs et les attentes, les travers et les qualités… de la brume, d’une craie, d’un cochon en massepain, d’une pierre – et donc des humains.
Avec le pinceau de Nikolaus Heidelbach pour rendre tout ceci juste un peu plus inquiétant, un peu plus questionnant…
Timothée de Fombelle
Vango 2. Un Prince sans royaume
Gallimard Jeunesse. Dès 13 ans.
Impossible, si l’on a lu le premier tome, de se passer du second – et dernier. Donc ce Prince sans royaume ravira ceux que Vango a déjà conquis, sinon… il faut offrir les deux volumes, à lire absolument dans l’ordre ; même ainsi on se perd parfois un peu, car la plume de Timothée de Fombelle est aussi agile et bondissante que son jeune héros.
Vango, toujours à la recherche du secret de sa naissance, traverse l’Atlantique, escalade les gratte-ciel newyorkais, perd une personne chère mais trouve un amour, et enfin des réponses à ses questions. On est à la fin des années 1930, la guerre approche à grands pas et le lecteur, lui aussi pris dans un tourbillon d’événements et d’émotions, ne touche littéralement plus terre tout au long des 400 pages de ce roman aérien…
Sylvie Neeman
Article paru dans Le Temps du 10 décembre 201
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