Les livres du mois
septembre
Dans l'atelier de Christian Voltz
Le Rouergue. Dès 7 ans
« Dans l’atelier de… » est une nouvelle collection des Editions du Rouergue dirigée par Catherine Louis ; page après page, l’enfant entre dans l’univers d’un artiste dont il découvre le travail, avant d’être incité à mettre lui-même la main à la pâte.
En mai, Christian Voltz a passé quelques jours à La Chaux-de-Fonds, à l’invitation des bibliothèques de la ville, et afin – en particulier – d’y installer deux très belles expositions. Or le hasard a voulu qu’un soir, un antiquaire des lieux pose sur le pas de sa porte du bric-à-brac dont il voulait se défaire. Heureux, très heureux hasard. Parce que les vieilles poignées, les boîtes cabossées, les boutons et bouchons, mais aussi les graines, les plumes ne peuvent rêver une retraite plus féconde que celle que leur offre l’artiste alsacien.
Christian Voltz fait feu de tout bois, tout est prétexte à récupération, mais surtout à recréation. Artisan de l’éphémère durable, ses personnages de fil de fer ont des yeux en boutons, des brosses en guise de cheveux, des pipes à la place du nez, mais tout cela peut aussi bien s’intervertir. Un peu de papier froissé pour figurer la terre et le décor est planté, son complice de toujours, Jean-Louis Hess, peut photographier la scène, il suffira de réfléchir à la police de caractère, elle aussi importante, elle aussi signifiante, puis placer le texte : la page est prête. Il y a donc les livres d’un côté, avec leurs personnages reconnaissables entre tous, leur humour toujours teinté de poésie, leurs préoccupations universelles et si quotidiennes, et les travaux personnels de l’autre, gravures, sculptures, peintures ; tout cela, on peut le découvrir pendant un mois encore dans la capitale de l’horlogerie.
Or un ouvrage vient de paraître, qui concilie les diverses facettes de l’artiste : Dans l’atelier de Christian Voltz est d’abord une incitation à observer, car ils sont nombreux, les « visages » qui nous entourent, ou ce cadenas qui peut en un trait de crayon devenir voiture, fusée ou sac à main. Chaque page est une invite à regarder et à inventer, chaque banale trouvaille prétexte à créer. Et ainsi d’exercice en exercice, le jeune lecteur peaufine son habileté, dessinant, découpant, tentant bientôt d’écrire son nom à l’aide d’un fil de fer, pour finalement réaliser une vraie double-page, digne de figurer dans un vrai livre. Gratifiant et stimulant !
Sylvie Neeman
Article paru dans Le Temps du 28 mai 2011
Nicolas Gerrier
Départs d'enfants
Illustr. de Gaëlle Charlot
L'atelier du poisson soluble. Dès 10 ans
Anne Vantal
Voie interdite
Actes Sud junior. Dès 14 ans
L’un, Nicolas Gerrier, raconte mille départs ; l’autre, Anne Vantal, n’en dit qu’un seul. Le premier évoque toutes les fuites, les séparations et exils de l’enfance, la seconde relate une fugue qui se voudrait un effacement.
Départs d’enfants est un kaléidoscope : une trentaine de petits textes – de quelques lignes à quelques pages – pour dire les ruptures auxquelles l’enfance et l’adolescence peuvent être confrontées ; légères et anecdotiques (Rémi sort de table pour une part de tarte trop petite), surprenantes (deux jumelles se disputent le moment d’abandonner l’utérus maternel), mais aussi plus marquantes (Zoé est autorisée à quitter un centre de redressement), émouvantes (une fillette guérie part de l’hôpital où elle a vécu tant de moments difficiles), bouleversantes (un garçon, au contraire, comprend l’aggravation de sa maladie lorsque ses parents ne le laissent pas, à la nuit tombée), révoltantes (un enfant-soldat redoute la venue du jour).
Les textes privilégient les dialogues et les monologues intérieurs, on est captés par le style précis de Nicolas Gerrier, l’immédiateté de sa prose, sa façon pointilliste de faire naître des représentations. Les illustrations de Gaëlle Charlot lient ce florilège : pour la plupart intéressantes, expressives et vivantes, elles prolongent les fulgurances des textes. Un livre qui offre d’étranges et parfois accablants miroirs aux adultes qui ont la curiosité de le découvrir.
Voie interdite commence comme une fugue adolescente banale ; un jeune homme, sac au dos, fuit visiblement toute compagnie humaine et s’installe dans un campement abandonné au cœur d’une forêt. Anne Vantal promène bien son lecteur, car rien ou presque dans les premiers chapitres ne permet d’imaginer l’effroyable violence qui est en réalité à l’origine de cette aventure. L’auteure distille çà et là des éléments qui peuvent alerter : une mère trop jeune qui confie l’enfant à son propre père, ce dernier lui offrant certes une éducation stable et aimante, mais il meurt trop vite, et le jeune protagoniste, jamais nommé, se retrouve seul au monde. Alors quand le hasard le met sur la route d’Alexia, il veut à tout prix se faire aimer de cette jeune fille si belle, si souriante.
Pas d’analyses psychologiques, pas de gloses pesantes : Anne Vantal suggère pas à pas l’appréhension faussée que son jeune héros a de la réalité, son narcissisme démesuré, son égoïsme forcené.
Une mise en garde de l’éditeur avertit légitimement le lecteur de la brutalité de certaines scènes.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le Temps du 18 juin 2011
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