Les livres du mois
décembre
Hwang
Chun-ming
L’éléphant à la trop petite trompe
Traduction de Elia Lange
Gulf Stream Editeur
Dès 6 ans
Hwang
Chun-ming, peintre et écrivain taïwanais, a publié dans
les années 90 quatre albums pour les enfants : tous paraissent ces
jours, en français, chez Gulf Stream Editeur, et tous ont été
illustrés selon la technique des papiers déchirés : les
contours tremblés des formes et des silhouettes contrastent délicatement
avec la vivacité des couleurs.
L’éléphant à la trop petite trompe guigne du côté
de Kipling, mais un Kipling dont la jungle serait urbaine et orientale ! Le
jeune pachyderme du conte trouve sa trompe bien courte, il va donc expérimenter
quelques méthodes, plus ou moins loufoques, plus ou moins douloureuses,
dans l’espoir de l’allonger. Les références à
Pinocchio, l’attrait de la chirurgie esthétique cohabitent avec
les médicaments miracles et autres promesses vaines : l’éléphanteau
grandira, et sa trompe avec lui… En fin d’ouvrage, on découvre
encore deux belles pages proposant des caractères chinois eux aussi
réalisés en papiers déchirés.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 21 octobre 2006
Marie
Sellier
La Naissance du dragon
Illustrations de Catherine Louis
Calligraphie et sceaux de Wang Fei
Picquier Jeunesse. Dès 4 ans
Depuis
quelques années, la Suissesse Catherine Louis trempe son pinceau dans
l’encre de la Chine ; et depuis ces mêmes années, elle
publie de beaux ouvrages chez Picquier Jeunesse, excellent éditeur
passionné de littérature extrême-orientale.
Autrefois, le dragon n’existait pas. Les Chinois vivaient sous la protection
d’esprits bienfaisants : le poisson, l’oiseau, le cheval et d’autres
encore ; et c’est au nom de ces mêmes figures tutélaires
que les hommes se faisaient la guerre. Mais un beau jour, les enfants décidèrent
de créer un animal qui réunirait les qualités du poisson,
de l’oiseau, du cheval et protègerait tous les hommes sans distinction
: c’est ainsi qu’est né le dragon.
Il fallait bien un trio d’artistes, pour imaginer cette créature
composite s’il en est : Marie Sellier a écrit les textes, les
calligraphies et les sceaux sont de Wang Fei, et les illustrations de Catherine
Louis. L’élégant format vertical de l’ouvrage permet
à la version chinoise de cohabiter avec le texte français et
les images tout en préservant des espaces blancs, autant de respirations
et de silences dans l’économie de la page : un conte pour les
petits, mais dont le raffinement et l’esthétisme charmeront tous
les âges.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 21 octobre 2006
Irène
Schoch
Le Diable en Tasmanie
Seuil Jeunesse
Dès 5 ans.
Zacharie
est un diable de Tasmanie. Né dans un zoo, il y vivote sans joie et
c’est de la bouche des visiteurs qu’il en apprend un peu plus
sur ses origines : la Tasmanie serait une île « magique »,
à l’autre bout du monde et lui-même un animal « en
voie de disparition ». Dès lors il n’hésite plus
et met au point, avec quelques comparses, un plan d’évasion vers
ce lieu rêvé.
Irène Schoch ne s’est pas évadée, elle est toujours
genevoise, et avec cet album elle confirme son très grand talent :
de conteuse, de dessinatrice, de coloriste. Certaines pages se déplient,
offrant alors un bel espace où laisser chanter les couleurs au gré
de scènes vives et chaleureuses, remarquable alliance entre le dessin
et les collages. On ne trouvera nulle mièvrerie dans cette envie d’ailleurs,
dans ce besoin de retrouver ses racines et les difficultés qui s’ensuivent
: « La Tasmanie n’était pas du tout comme nous l’avions
imaginée. Il n’y faisait pas très chaud et personne ne
nous attendait. » C’est avec une délicate économie
de mots que l’album progresse, à travers nombre de remarques
fines, si légèrement distillées, et au gré de
scènes si lumineuses qu’on oublierait presque de leur accorder
l’attention qu’elles méritent. Il faut donc lire et relire
ce beau Diable !
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 7 octobre 2006
Anne Vantal
Un été outremer
Actes Sud Junior, coll. Ado
Dès 13 ans.
Un
été outremer est aussi le récit d’une quête,
celle de Félicien. Il vient d’avoir 18 ans et a été
autorisé à consulter son dossier d’adoption ; en découvrant
le nom et l’adresse de sa mère biologique, il comprend qu’il
est arabe.
C’est sans nul doute un récit initiatique que propose ici Anne
Vantal : une histoire sans pathos, qui n’a que faire du politiquement
correct – Félicien éprouve un choc proche de la honte
à l’annonce de ses origines – et privilégie la générosité
des rapports humains. Le jeune homme rate son bac, décide de consacrer
l’été à retrouver sa mère et embarque donc
pour l’Algérie. Là-bas, c’est un inespéré
réseau d’entraide qui se met spontanément en place, et
si Félicien ne retrouve pas celle qui le mit au monde (elle est décédée
depuis peu), il en sait suffisamment désormais pour se sentir adulte
et apaisé. L’auteure joue de la chronologie, des coups et contrecoups
de la vie pour composer une histoire prenante mais sereine, loin des trop
coutumières révoltes adolescentes.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 7 octobre 2006
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