Les livres du mois
Juillet
Pagaille
D’Edward van de Vendel, trad. de Daniel Cunin,
illustr. de Carll Cneut, éditions du Rouergue.
Dès 8 ans.
Pagaille – étrange titre, pour une
histoire particulière, elle aussi ; dans sa forme d’abord, 41
brefs chapitres, aux phrases courtes, un peu haletantes, qui parlent de secret
et de rencontre. Le secret de Solal, garçon solitaire à l’œil
caché sous un bandeau, c’est sa cabane sous la voie ferrée
; la rencontre, ce sera Kiko et Flamme, des enfants sans-papiers, et donc
un secret de plus à préserver.
Deux grands noms de la littérature jeunesse signent cet ouvrage émouvant,
au dénouement incertain : Edward van de Vendel dit avec une simplicité
magnifique les peurs, les exils de l’enfance, et Carll Cneut, à
travers ses images étonnantes, jouant des perspectives et des proportions,
en montre tour à tour les joies et les détresses.
Dans cet univers contrasté, le jeu, l’invention sont omniprésents,
tout comme est lancinante la nécessité de parler, de se raconter
: ce sont là les seuls barrages contre les menaces du monde, ce fracas
symbolisé par le passage du train si proche de la cabane des enfants.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 18 juin 2005
Houari pote beur et le voile de Yasmina
D’Arthur Falaïeff, Hachette Jeunesse.
Dès 12 ans.
Un jeune orphelin recueilli par une famille peu
aimante, à qui ses parents confisquent le courrier l’invitant
à suivre les cours d’une école un peu particulière
et qui doit supporter un frère adoptif pourri-gâté et
obèse… ça vous dit quelque chose ? C’est bien le
but des auteurs de ce Houari pote beur – les auteurs car ils sont deux
à se masquer sous le pseudonyme d’Arthur Falaïeff (il semblerait
que tous les sujets ne soient pas sans risque abordés en littérature
de jeunesse...)
Le vrai thème du livre, outre la parodie adroitement réussie
du fameux sorcier anglais, c’est le port du foulard. Houari le jeune
beur est secrètement amoureux de Yasmina ; or, un beau jour, elle arrive
voilée aux cours. Aucune discussion, aucune négociation ne lui
faisant changer d’avis, elle est exclue du lycée. Une décision
qui révolte Houari ; il prouvera sa maturité, sa finesse d’esprit
en imaginant une solution permettant à tous les protagonistes de garder
la face : des cours de langue et de civilisation arabes seront donnés
aux élèves intéressés.
D’une lecture aisée, ce roman aborde des problématiques
complexes, portées par des adolescents eux-mêmes confrontés
à bien des interrogations, bien des désordres.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 18 juin 2005
Le
Bateau-livre
De Nicolas Thers, Autrement Jeunesse.
Dès 3 ans.
« Le bateau-livre a stoppé son voyage le long des côtes
de l’imaginaire car il a un trou dans sa coque en papier. » Quelle
belle occasion, pour le jeune lecteur, de monter à bord ! Le paquebot,
dessiné par Nicolas Thers en coupe verticale, occupe tout l’espace
des doubles pages ; au fur et à mesure qu’on progresse dans l’histoire,
on entre un peu plus avant dans le bâtiment, ce qui permet de suivre
les activités des marins, salle par salle, cabine après cabine.
Les images proposent ainsi une lecture éclatée, libre et inventive,
tandis que le texte, une fois la première phrase énoncée,
recentre l’attention sur l’action principale : les marins ont
trouvé une cocotte en papier, ils projettent de la découper
pour rafistoler le bateau, mais la cocotte ne se laisse pas faire… Brèves
injonctions, conseils tactiques, encouragements, quelle agitation dans ce
bateau-livre !
Un ouvrage solide, conçu pour l’esprit et les mains des plus
petits, qui trouveront aux personnages une charmante ressemblance avec ceux
qui peuplent leurs jeux de Lego ou autres Playmobil.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 4 juin 2005
Le Rêve de Mehdi
De Sylvie Poillevé, illustr. d’Olivier Latyk,
Flammarion-Père Castor
Dès 7 ans.
Ici, loin des villes, nous avons le bibliobus, souvent associé
à de tendres souvenirs, de belles découvertes. Mais là-bas,
dans le désert, que faire quand on veut lire et qu’il n’y
a pas de livres au village ? C’est ce que se demande Mehdi, qui sait
déchiffrer « les messages dans les plis des dunes, dans les étoiles
et dans le vent… », et trace des histoires dans le sable. Un vieux
sage conseillera à l’enfant d’écouter le vent, précisément,
et de se laisser guider par son chant. C’est ainsi que Mehdi partira
loin de chez lui, ainsi qu’il croisera la route de Bachir, bibliothécaire
itinérant, et de ses trois chameaux lourdement chargés puisqu’ils
transportent des ouvrages de village en village…
Idéal pour une première lecture autonome, ce bref roman poétique
plaira aux adultes aussi, puisqu’il parle du plaisir de lire, de la
chance que représente, pour un enfant, pour tout un village même,
l’accès aux livres. Le récit de Sylvie Poillevé
est vif, de petits refrains permettent des pauses, des respirations dans la
lecture, tandis que les illustrations d’Olivier Latyk, leurs couleurs
chaudes, leur style désormais bien identifiable, accompagnent généreusement
le lecteur dans cette aventure à dos de chameau.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 4 juin 2005



