Les livres du mois
mars
Taï-Marc
Le Thanh
Avalanche le Terrible
Illustrations d’Elodie Nouhen
Gautier-Languereau
Dès 5 ans
Le jeune Avalanche est vraiment terrible : n’a-t-il pas…
mangé son cheval qui refusait d’avancer ? Désormais, c’est
sur son bison Aristote et accompagné d’une armée de soldats
qu’il traverse les steppes et sème la terreur autour de lui.
Qui pourrait l’arrêter ? Peut-être la douceur d’une
jeune fille, sa sagesse, et la musique qui sort de ses lèvres.
Le texte de Taï-Marc Le Thanh est plein d’humour, de jeux de mots,
d’inventions acidulées ; les images d’Elodie Nouhen, on
les sait et on les aime fidèles à elles-mêmes, merveilleusement
inventives, alliant les collages et la peinture à l’huile, mariant
les teintes pour offrir des tableaux somptueux d’élan et de finesse.
Comment mieux dénoncer l’absurdité de la violence, la
vanité guerrière que par cette douceur esthétique et
ces rires qui éclaboussent la narration dès qu’elle se
prend un peu trop au sérieux ?
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 11 février 2006
Joyce Carol Oates
Zarbie les yeux verts
Traduction de Diane Ménard
Gallimard, coll. Scripto
Dès 15 ans
L’histoire
débute par la description d’une tentative de viol mais, paradoxalement,
ce n’est pas la scène la plus violente du livre. Second récit
pour les adolescents de la romancière américaine Joyce Carol
Oates, Zarbie les yeux verts est une remarquable plongée dans les eaux
très troubles d’une famille bien sous tout rapport : maison design,
école privée, père commentateur sportif célèbre,
mère artiste. Et pourtant, la violence est là, larvée
mais quotidienne : le père, par de petites phrases à première
vue anodines, exerce une pression constante sur toute la famille, menace sa
femme, et bientôt le lecteur comprend qu’il la brutalise. Parce
qu’elle a voulu s’éloigner de lui, parce qu’elle
s’est trouvé un endroit où vivre et peindre, et peut-être
ainsi préserver un peu de paix entre les filles et leur père,
ce dernier va dicter, d’une voix souriante, les sentiments haineux qu’il
convient désormais d’éprouver à son égard.
Une belle tension dramatique porte cet ouvrage qui offre une représentation
extrêmement complexe des liens familiaux ; les images parentales en
particulier sont subtilement évoquées – même lorsqu’elles
volent en éclat. Et la question qui se pose, un père que l’on
admire, que toute une communauté adule, peut-il être un assassin
?, dit à elle seule les tourments qui attendent la jeune narratrice
dans sa quête de la vérité.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 11 février 2006
Eve
Bunting
Toi, vole !
Illustr. de Frédéric Rébéna
Trad. de Fenn Troller
Syros
Dès 6 ans
«
Dans l’aéroport, tout bouge tout le temps (…). Tout le
monde va quelque part, sauf papa et moi. Nous, nous restons. ». S’ils
restent dans l’aéroport, le jeune narrateur et son papa, c’est
pour une bonne raison : ils y habitent. Et chacun de leurs gestes, chacune
de leurs attitudes n’a qu’un seul but : ne pas se faire remarquer,
ne pas exister, en somme, aux yeux des autres.
Eve Bunting signe là un texte superbe de retenue et de dignité
; elle évoque le quotidien du père et de l’enfant (se
laver dans les toilettes publiques, changer chaque soir de terminal, ne jamais
s’attarder au même endroit), les efforts vains pour trouver un
travail, la solidarité entre exclus. Les images excellent à
suggérer la complicité inquiète qui unit père
et fils ; presque froides, mais c’est bien ainsi, elles montrent de
vastes lieux anonymes, des silhouettes pressées, des visages fermés.
Parfois aussi des retrouvailles, sous l’œil de l’enfant qui
se souvient alors de sa vie d’avant. Cet album fort et pudique présente
une réalité sociale très dure, mais s’achève
sur l’espoir d’une vie différente, un jour…
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 25 février 2006
Hélène
Vignal
Les Rois du monde
Illustr. d’Eva Offrédo
Editions du Rouergue
Dès 9 ans.
Premier
départ, premières vacances pour Romuald et sa famille ! L’assistante
sociale leur a trouvé un bungalow dans un camping de bord de mer. Mais
de Lille aux Sables d’Olonne, il y a trois trains, un changement de
gare à Paris, autant d’aventures lorsqu’une mère
voyage seule avec ses quatre jeunes enfants. Et puis il faut affronter le
regard des autres, ceux qui sont bien habillés et tirent une petite
valise à roulettes : les braillements de Samy, les gifles de la mère,
le pic-nique pantagruélique et ses reliefs par terre, les gros sacs
à rayures en guise de bagages, tout ceci est diversement perçu
par les voyageurs. Le lecteur, lui, se laisse captiver par cette famille haute
en couleurs, cette figure de mère pas très tendre mais si fière
de ses mômes, et surtout décidée à leur en offrir,
des vacances : là-bas, à la mer, ils seront les rois du monde
! Les romans de la collection ZigZag sont généreusement illustrés,
textes et dessins s’entremêlent pour offrir aux lecteurs des récits
au langage très accessible ; ici le style se veut « jeune »,
mais pas trop, et le regard se pose, joyeux, sur une réalité
qui ne l’est pas toujours.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 25 février 2006
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