Les livres du mois
octobre
Sylvie
Misslin
Je veux voir la mer
Illustr. de Magali Bonniol
L’Ecole des loisirs. Dès 4 ans
Voici
un album à l’image d’une lente après-midi d’été
: tout en tendres rêveries et grands projets vite abandonnés
! Un arbre, objet des multiples attentions d’un petit enfant, voudrait
voir la mer, celle dont parle la chanson ; l’enfant met l’arbre
dans un pot, prend une bouée et une pelle de plastique. Mais la route
est longue, pleine de menaces : la mer, ce sera pour une autre fois. Alors
l’enfant chante une autre chanson, celle du vieux chalet, et déjà
une nouvelle envie naît : « Comme la montagne doit être
haute ! »
Illustrées dans des tonalités aussi tendres que fraîches,
ces aventures anodines acquièrent une dimension émotionnelle
admirablement rendue par une écriture délicate, célébration
de l’amitié que souligne encore le « nous » dont
l’enfant use avec délice, comme lors des charmantes pauses narratives
imaginées par l’auteure : « Ensemble, nous regardons les
nuages. »
Pour être au diapason des digressions enfantines, mais surtout des élans,
des craintes, de toutes ces émotions qui traversent les petits au cours
d’un jour d’été un peu désœuvré.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 12 août 2006
Minne
J’aime l’été
Illustr. de Natali Fortier
Albin Michel Jeunesse. Dès 7 ans et pour tous
«
J’ai aimé », c’est ainsi que débute, à
la manière d’un leitmotiv perecquien, chaque évocation
de ce précieux petit album : « J’ai aimé m’asseoir
dans la rivière et sentir l’eau filer autour de moi. »
« J’ai aimé quand il y a eu un peu d’hiver dans l’été,
quand on a eu froid et qu’on a fait du feu. » Ce sont des vacances
à la montagne qui sont ainsi offertes à la mémoire –
celle de l’enfant, celle de l’adulte, qu’ils aient ou non
vécu de semblables instants : le pouvoir suggestif des mots de Minne
et celui des douces images de Natali Fortier est tel qu’il vous fabrique
aussitôt des souvenirs, même imaginaires ! Cela tient à
la simplicité des instants évoqués, à leur universalité
: des haricots à écosser, un bout de chemin sur un tracteur,
une partie de cache-cache dans un champ.
Des « plaisirs minuscules » égrenés à la
manière d’une fameuse première gorgée de…
sirop : petits riens qui font une vie heureuse et qu’on feuillette comme
un album de photographies, mais ce sont les beaux pastel crayonnés
de Natali Fortier qui défilent sous nos yeux, autant de précieux
instants saisis sur le vif avec la délicatesse qui caractérise
le crayon de la jeune illustratrice.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 12 août 2006
Les
sciences naturelles de Tatsu Nagata
La Grenouille ; La Chouette ; Le Renard ; La Taupe
Traduction de Dedieu
Seuil Jeunesse. Dès 4 ans
Membre du Tokyo Scientific Institute, Tatsu Nagata est un biologiste mondialement
connu pour ses recherches sur les mutations du métabolisme chez les
batraciens. Ceci dit, ce respectable scientifique japonais est aussi un auteur-illustrateur
plein d’humour et de légèreté lorsqu’il décide
de s’adresser aux tout-petits et de leur présenter la nature
qui les entoure ! Quatre ouvrages ont paru à ce jour : La Grenouille,
La Taupe, La Chouette et Le Renard. Pour chaque animal, Tatsu Nagata se contente
d’une dizaine d’assertions, mêlant joyeusement, que ce soit
dans les mots ou dans le dessin, rire et sérieux, pertinence et impertinence.
Ainsi : « La chouette vit dans les trous d’arbre. » «
Elle imite le cri des fantômes. » Parfois l’animal est anthropomorphisé
: la taupe s’habille en golfeur lorsque le texte affirme qu’elle
fait des trous dans les jardins, et en mineur lorsqu’on apprend qu’elle
creuse des galeries...
La sobriété des images, les grandes plages de couleur habillant
des pages au graphisme minimaliste si typique des artistes asiatiques, l’humour
toujours présent sont autant d’éléments qui, alliés
à la simplicité même du texte, permettent une parfaite
compréhension du sujet !
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 26 août 2006
Pittau & Gervais
Le Kangourou ; La Girafe
Seuil Jeunesse. Dès 6 ans
C’est
un comble : comparés au biologiste évoqué ci-dessus,
Pittau & Gervais semblent (presque) sérieux ! Leur démarche
est différente, leur exposé plus complet, et pourtant un même
charme agit sur le lecteur, une même envie de tourner les pages et d’en
savoir plus… Tant Le Kangourou que La Girafe reposent sur ce principe
: on fait du lecteur un acteur qui doit tirer des languettes, soulever des
rabats, animant ainsi des scènes, mettant à jour des textes
et donc s’instruisant au rythme de sa curiosité.
Tout est vraiment vu à hauteur d’enfant : « Le kangourou
mesure 2 mètres de haut, soit deux fois la taille d’un enfant
de 3 ans. » Les rapprochements sont parlants car minutieusement choisis
: « Il peut faire des bonds de 10 mètres et sauter au-dessus
de 3 voitures alignées ! », et si l’on ajoute à
cela des dessins tout sauf académiques, on comprend que l’enseignement,
bien que rigoureusement scientifique, passe comme une lettre à la poste
! Une jolie réussite, aussi colorée que stimulante…
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 26 août 2006
• Les livres du mois de septembre
• Les livres du mois de juillet
• Les livres du mois de février
• Les livres du mois de janvier
2005
• Les livres du mois de décembre
• Les livres du mois de novembre
• Les livres du mois d'octobre
• Les livres du mois de septembre
• Les livres du mois de juillet



