Les livres du mois
Octobre
Jeannette
Winter
La bibliothécaire de Bassora
Traduction d’Anne Krief
Gallimard
Jeunesse
Dès 6 ans
Alia
Muhammad Baker est bibliothécaire ; ses locaux abritent plus de trente
mille livres, et les amoureux de lectures s’y retrouvent pour parler
des choses de la vie, du monde tel qu’il va et, depuis quelque temps,
de la guerre qui menace. Car Alia est bibliothécaire à Bassora,
en Iran. Au moment où la guerre éclate et que la ville s’embrase
sous les bombes, Alia demande l’aide de ses voisins, de ses amis. Ensemble
ils déménageront les livres, les cacheront, les déplaceront
à nouveau, au gré des bombardements. La bibliothèque
sera détruite, mais les livres sont à l’abri.
En page de titre, on peut lire cette précision : Une histoire vraie.
Jeannette Winter a découvert l’histoire d’Alia dans le
New York Times, en juillet 2003 ; elle a souhaité la raconter aux enfants,
leur dire l’importance du patrimoine écrit, leur montrer le respect
du savoir, la nécessité de la transmission. En quelques phrases,
à travers des images presque naïves dont le fond parle lui aussi
(jaune pour le temps d’avant la guerre, mauve pour les jours de violence,
bleu pour l’espoir d’un renouveau), l’auteure-illustratrice
esquisse une belle image de femme déterminée et courageuse.
Sylvie Neeman.
Article
paru dans Le Temps du
10 septembre 2005
Franck
Pavloff
Eloa, quand est-ce qu’on s’en va ?
Illustrations de Clotilde Perrin
Rue du Monde,
coll. Roman du Monde
Dès 11 ans
Un mystérieux voleur
de lettres sévit dans la ville : l’enseigne du Tabac Loto devient
celle d’un certain… Balot, la Salle de Prière s’est
transformée en Salle de Rire, tandis que le Bar du Parc se proclame
bien malgré lui Bar du Porc. Qui peut être à l’origine
de ces déprédations – d’autant plus insupportables
aux yeux des personnes visées qu’elles semblent le reflet de
la réalité ? Tonino, qui est bien décidé à
devenir grand reporter, a son avis sur la question : et si c’était
un coup de son grand frère Jimmy, si malheureux en classe, si révolté
dans la vie ? Jeune homme en marge, qui ne trouve sa place dans la société
qu’en dénonçant avec humour ses travers, et se trahira
par amour pour la rousse Eloa : la figure de ce Jimmy est superbement rendue
par une écriture savoureuse, vive et même romantique ! Un récit
délicatement et généreusement illustré, qui permet
de réfléchir au pouvoir des mots, ces drôles d’oiseaux
dont le sens ou le potentiel subversif ne tiennent parfois qu’à…
une lettre.
Sylvie Neeman
Article
paru dans Le Temps du 10 septembre 2005
Les
deux premiers titres de la série « Les petits bobos de la vie
» :
C’est pas juste !
C’est pas ma faute !
Par le Dr Eric Englebert
Illustrations de Claude K. Dubois
Grasset
Jeunesse / Lampe de poche. Dès 6 ans.
Plusieurs
collections apparues ces dernières années ont l’ambition
d’aider les jeunes lecteurs à surmonter leurs craintes, à
s’accepter, à… grandir. Certaines sont de qualité
– comme les Max et Lili, dont le succès auprès des enfants
est à ce jour inégalé – d’autres, trop démonstratives,
trop laborieuses, passent parfois à côté de leur but.
Les deux premiers ouvrages de la bien jolie série « Les petits
bobos de la vie », chez Grasset Jeunesse, devraient charmer même
les pédagogues les plus exigeants. Le texte d’Eric Englebert,
médecin et thérapeute eriksonien, est un modèle de simplicité
(mais dans ces petites phrases anodines, il y a tant à entendre !),
pour l’accompagner, Claude K. Dubois, dont on connaît le trait
tout en douceur et en expressivité, décline des aquarelles fragiles,
patientes, jusqu’au dénouement heureux du problème. Dans
le premier titre, une fillette trouve ses oreilles trop grandes et souffre
des moqueries de ses camarades ; dans le second, un enfant se croit à
l’origine des disputes de ses parents. Des petits livres forts et pourtant
délicats, qui plus est très abordables à tous les points
de vue…
Sylvie Neeman
Article
paru dans Le Temps du 24 septembre 2005
Geneviève
Brisac
Petite
L’école
des loisirs / Médium. Dès 15 ans.
Petite, paru il y a une dizaine d’années
aux éditions de l’Olivier, vient d’être réédité
dans la collection Médium de L’école des loisirs, et il
s’y trouve bien. Geneviève Brisac y parle de son enfance, qu’elle
a crue inguérissable, elle évoque, souvent à la première
personne, parfois à la troisième, la vie d’une jeune fille
intelligente, sensible, qui jour après jour perd la confiance des siens
et ses kilos. Nouk décide de ne plus jamais avoir faim, c’est
ainsi que débute une longue, très longue anorexie qui mettra
sa vie en danger. Nouk ment, feint, frôle la folie ; elle ne sait plus
comment vivre, comment simplement être avec les autres sans leur faire
du mal.
L’auteure, avec la même attention aiguë que Damiel, l’ange
de Wim Wenders, dit ce qu’elle voit, se désole silencieusement,
ne s’éloigne jamais. Comment aider les petites Nouk ? Peut-être
une phrase, offerte par une femme au bord d’une falaise, puis oubliée
: j’ai été anorexique et j’ai guéri. Peut-être
ce livre, parce que son auteure ne l’a pas écrit pour se faire
du bien.
Sylvie Neeman
Article
paru dans Le Temps du 24 septembre 2005
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