Mars
Salade
de fruits
Une chanson
écrite par Noël Roux et interprétée par Bourvil
sur une musique d’Armand Canfora, illustr. de Stefany Devaux, Didier
Jeunesse / Guinguette
Dès 4 ans
Salade
de fruits, jolie, jolie, jolie / Tu plais à mon père, tu plais
à ma mère… Définitivement liée à
la voix et à la personnalité de Bourvil, son interprète,
cette .... « chanson douce » appartient
au patrimoine de la musique populaire française. Quelle bonne idée
de l’éditer dans la collection joliment nommée «
Guinguette » de Didier Jeunesse, et quelle bonne idée, également,
d’en avoir confié l’illustration à Stefany Devaux
; la jeune illustratrice a réussi à faire de cet album un concentré
de bonne humeur, aux accents chamarrés et exotiques, où images
et typographie rivalisent – mais toujours avec délicatesse –
de trouvailles et d’ingéniosité pour offrir un véritable
feu d’artifice gourmand et sensuel aux lecteurs de tout âge. Cette
chanson coquine, cette déclaration malicieuse, impossible désormais
de la feuilleter sans qu’un sourire vienne aux lèvres. Les plus
musiciens apprécieront de trouver la partition et les accords pour
guitare en fin d’ouvrage.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le Temps
du 12. 02. 05
La
Lucarne
par Kéthévane Davrichewy, L’Ecole
des Loisirs / Médium
Dès 12 ans
C’est l’histoire d’un amour qui ne
se dit pas, mais qui s’écrit. Dali a quinze ans, elle vit à
Paris avec sa famille géorgienne, sorte de matriarcat au sein duquel
toutes les générations se confondent, où les traditions
sont vives et démonstratives, et où les hommes ne font généralement
que passer. Dali est amoureuse de son voisin, qu’elle aperçoit
de la lucarne de sa chambre. Elle lui écrit des lettres qu’elle
ne lui envoie pas, et le jour où sa grand-mère invite Philippe…
elle se cache.
Ce beau récit épistolaire, plein de retenue et d’ellipses,
touche par la justesse des sentiments, contradictoires, exacerbés,
de la jeune narratrice ; tout est effleuré, et pourtant tout est donné
: la pauvreté de la famille, sa marginalité dans ce quartier
parisien, la situation difficile d’une adolescente entre deux cultures,
sa gêne, parfois, face à des habits, ou des attitudes jugées
soudain désuètes. Et puis il y a ces personnages secondaires,
ces vieux hommes amis de la famille que Kéthévane Davrichewy
évoque en trois phrases, et en trois phrases les rend inoubliables.
A lire comme un antidote aux diverses Bridget Jones, nombrilistes et logorrhéiques,
qui fleurissent pour les jeunes filles…
Sylvie Neeman
Article paru dans Le
Temps du 12. 02. 05
La
petite sœur de Kafka
de François David, illustr. d’Anne Herbauts,
Esperluète Editions
Dès 11 ans
François David n’a pas eu besoin de beaucoup de mots pour raconter
la vie d’Ottla, la jeune sœur – la préférée
– de Kafka. En quelques pages d’une économie recherchée,
il la rend inoubliable, figure de femme exemplaire, bouleversante.
Lorsque les faits se sont produits, Kafka était mort déjà
et l’Europe vivait ses plus noires années. Ottla avait épousé,
contre l’avis de sa famille, un homme qui n’était pas juif.
Ses sœurs et leurs maris furent déportés, elle non, grâce
à cette union. Alors elle divorça. Et elle fut emmenée
à Térézin, où elle demanda à accompagner,
à Auschwitz, un convoi d’enfants qu’on menait vers la chambre
à gaz.
Les images sombres d’Anne Herbauts sont des prodiges de retenue et de
sens ; robe de mariée faite de tampons fleuris puis, la robe retirée,
cette silhouette noire qui peu à peu disparaît sous la brume
de la page. Tant d’obscurité, mais aussi tant de délicatesse
dans l’évocation écrite ou dessinée font de ce
récit un ouvrage précieux pour tous, vraiment.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le Temps
du 26 février 2005
Le
quatrième soupirail
de Marie-Sabine Roger, Editions Thierry Magnier,
Dès 14 ans
Cela commence comme un retour sur les lieux de l’enfance.
Pablo avait quinze ans lorsque son père a été enlevé
par des soldats. Le crime de cet homme était d’éditer
de la poésie, c’était sa façon à lui de
combattre la dictature dans ce pays « imaginaire » d’Amérique
du Sud. Pablo se fera engager dans les cuisines du centre de détention
où son père est emprisonné. Chaque jour, à travers
les grilles du quatrième soupirail, le garçon lui tendra des
bouts de poèmes recopiés, lui murmurera des vers, becquées
de mots pour rester vivant malgré la torture.
On sort en larmes de ce livre poignant, douloureux page après page,
parce qu’il montre la pire face de l’humanité. Parce qu’il
dit que « pour des mots, des poèmes, on pouvait arrêter
un père (…), pour des mots, on pouvait mourir. » L’auteure
entrecoupe son texte de vers de résistants, de prisonniers (Desnos,
Reverdy, Octavio Paz, Yannis Ritsos et tant d’autres), et nous voici
lecteurs de deux histoires, cette fiction particulière et exemplaire,
et l’autre, celle de la douleur des hommes à travers les temps
et les continents.
Un récit à proposer avec prudence, mais dont le message est
si beau – cette nécessité des mots quand la vie est piétinée
– qu’il faut pourtant trouver la force de le lire, de le faire
lire.
Sylvie Neeman
Article paru dans Le Temps du 26 février
2005



