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Les livres du mois

janvier


Claude Ponti
Mô-Namour
L'Ecole des loisirs. Dès 6 ans.
Dans son dernier album, Claude Ponti propose aux enfants une histoire d’une gravité rare et d’une force expressive singulière.
Voici un livre dont les phrases et les images frémissent longuement dans la tête du lecteur. Les phrases en particulier, si légères et si pesantes, que les enfants sont cependant capables d’entendre – et bien sûr de comprendre. Ce livre dit que la vie, parfois, joue de drôles de tours ; il dit qu’un enfant privé de ses parents est un enfant vulnérable ; qu’il y a des personnes qui prétendent vouloir du bien et en réalité font du mal ; qu’il y a des sortes d’amours qui blessent bien plus qu’ils ne caressent ; qu’il faut, dans certaines circonstances, savoir écouter une petite voix au fond de soi, une voix qui chuchote des choses douloureusement vraies, même si on n’a pas envie de les entendre.
Ça, c’est pour les adultes, pour montrer l’enjeu de ce livre et pourquoi il est digne d’admiration ; il serait vain et sûrement néfaste de faire une telle analyse avec les enfants. Car aux enfants, l’histoire suffit, et cette histoire n’est pas insoutenable : elle met en scène la petite Isée, qui part en vacances avec son doudou « Tadoramour » et ses parents. Mais la voiture rouge s’écrase contre un arbre et les parents d’Isée sont projetés dans le ciel, ils montent « si haut qu’ils doivent être morts ». L’enfant se retrouve seule, et c’est à ce moment-là qu’arrive Torlémo le terriblement bien nommé, tout heureux de trouver quelqu’un avec qui s’amuser ; Torlémo qui prétend aimer Isée (et commence par changer son nom, autrement dit il nie d’emblée son identité), qui déclare qu’il veut jouer « à la baloune » avec elle et qu’il mangera les gâteaux qu’elle préparera pour lui.
Or il joue effectivement avec Isée, mais c’est elle le ballon, et chaque soir, elle doit calmer son insatiable appétit avec des gâteaux de plus en plus gros. Par bonheur une « étoile tombée de sa douleur » dit à la fillette que tout ça, ce n’est pas de l’amour et elle trouve le courage de se révolter ; c’est le début d’un long chemin qui mènera Isée vers un monde apaisé, où ses parents finiront même par retomber du ciel…
Claude Ponti publie avec Mô-Namour une de ses œuvres les plus fortes ; il parle de maltraitance, de violence physique et psychologique, peut-être même d’abus sexuels, car là est son talent : son langage tant verbal que graphique est si puissamment métaphorique qu’il permet au lecteur une interprétation à la mesure de ce qu’il est capable ou désireux de comprendre. Du grand art, vraiment.


Marie Chartres
Les nuits d’Ismaël
L'Ecole des loisirs / Neuf. Dès 10 ans.
Deux romans parus récemment racontent la perte d’une maman, mais c’est là la seule chose qui les lie.

La mélancolie : c’est ainsi que, dans la famille, on appelle la maladie de la mère d’Ismaël. Cette femme qui était joyeuse et énergique passe à présent ses journées à regarder dans le vide et à pleurer. Jusqu’au matin dramatique où elle est retrouvée morte dans son lit.
Exposée ainsi, l’histoire semble insoutenable. Mais toute la beauté de l’écriture de Marie Chartres est précisément dans sa façon d’aborder les choses : elle les entoure d’une aura de mystère, d’imaginaire, elle ne les affronte pas directement – et ainsi n’oblige jamais l’enfant lecteur à le faire – mais se concentre sur les petits événements qui font le quotidien d’Ismaël. Et en particulier sur cette énigme : Ismaël est persuadé de voler, de posséder une cape aux pouvoirs surnaturels, puisque chaque nuit il s’endort dans son lit, et chaque matin se réveille dans celui de sa maman.
Lorsque le garçon aura adopté un chiot et investi l’animal de toute l’affection possible, et lorsqu’il sera tenté d’aller le chercher, le soir, dans son panier, il comprendra qu’il n’y avait pas de magie dans ses nuits, mais juste l’immense détresse d’une mère.
L’écriture reste légère, la tristesse est là, absolue et partagée, mais elle ne prend pas le lecteur en otage.
C’est bien d’avoir donné vie à ce petit Ismaël si touchant, bouleversant même dans son désir de comprendre et sa façon de se tenir en équilibre, encore un peu, sur la crête des perceptions enfantines.


Rolande Causse
La voix du vent
Illustrations de Georges Lemoine
Gallimard jeunesse / Giboulées. Dès 12 ans.
Sonia a treize ans, et c’est elle qui raconte : la mort de sa mère après de longs mois de maladie, l’immense désarroi qui les lie désormais, son père et elle, et l’arrivée de sa grand-mère, si dure, si insensible, qui pourtant parvient à tenir à bout de bras la petite famille à la dérive. Mais aussi les visites réitérées à une psy – d’abord détestée comme il se doit – l’arrivée en classe d’une nouvelle élève « presque orpheline » puisque débarquée d’Abidjan sans père ni mère et, le temps passant, la découverte du sentiment amoureux, l’autonomie, la vie aimée à nouveau.
D’un classicisme rigoureux, tant dans le mode de narration que dans la langue elle-même,
ce récit en demi-teintes – peut-être celles que Georges Lemoine a utilisées pour ses illustrations délicates ? – déroule avec sagesse son ample cortège de sentiments et d’émotions.

Sylvie Neeman
Rédactrice

 

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