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Des livres pour un été... actif!

Ils sortent généralement très à propos, quelques semaines avant les grandes vacances ; ils intéressent peu la critique, qui voit en eux, non sans raison d’ailleurs, plus des livres parascolaires que proprement littéraires ; ils profitent parfois de la renommée de héros bien connus pour séduire leur public : ce sont les livres d’activités, qui sous des abords charmants cherchent à occuper les enfants pendant leur temps libre, mais pas de n’importe quelle manière ! Or on trouve parmi ces ouvrages de belles réalisations, voire d’audacieuses propositions…

Les livres d’activités ont une histoire ; elle commence en France dans les années 30, avec les bien-connus Albums du Père Castor – qui doivent leur nom à un animal tout dévolu au bricolage, à la construction. Le fondateur de la collection, Paul Faucher, est un des pionniers de l’Education nouvelle, qui prône une participation active de l’enfant à sa propre formation. Tâtonnement, autonomie, expérimentation sont des concepts alors incontournables.
Faisant appel à des artistes provenant souvent des pays de l’Est et de l’URSS en particulier, Faucher crée, entre autres albums remarquables, toute une série de livres-jeux, livres-découpages, livres-coloriages. C’est là les premières pierres d’édifices qui vont au cours des ans révolutionner le regard sur le livre pour l’enfance. Aujourd’hui, après un léger retrait dû peut-être à la « sacralisation » de l’objet-livre (on ne touche qu’avec les mains propres, on ne plie pas les pages, on ne gribouille pas !), les éditeurs proposent une riche gamme d’ouvrages, aux activités diverses, pour tous les âges et tous les goûts. Pas de coloriage où rien ne dépasse, pas d’instructions sévères, mais des invitations à laisser parler sa créativité, de joyeux tremplins pour l’imaginaire.

La palme du titre – mais pas seulement – revient sans conteste aux éditions Hélium, qui avec Les beaux instants proposent, en noir et bleu, un imagier à colorier, à compléter, à remplir selon ses désirs, son humeur et ses observations : ressentir la fraîcheur de la cuisine, dessiner des routes dans la purée avec sa fourchette, suivre avec son doigt les nervures d’une feuille sont autant de « beaux instants » que Laurent Moreau invite à savourer, et à retracer. Ces éditions offrent un même format généreux à Iris de Moüy, qui décline dans Les vacances de Félix, Ella et les autres les activités de détente – à la campagne, à la mer, dans la forêt ou à la montagne – en saynètes privilégiant les mille occupations qu’offrent l’environnement, la faune et la flore de chaque lieu particulier. Sur de belles doubles pages au décor sobre, les enfants peuvent ensuite imaginer leurs propres mises en scène, raconter leurs propres histoires de vacances à l’aide d’une multitude de stickers électrostatiques, donc repositionnables à souhait.

Grâce à Monsieur Chatouille, Madame Farceuse et leurs près de nonante comparses, on passera l’été à apprivoiser chiffres et lettres ! Deux cahiers proposent en effet une multitude d’activités autour de ces incontournables : Vive les lettres et Vive les chiffres avec les Monsieur Madame (Hachette). Difficile de cibler vraiment un âge, puisque sous la même couverture figure « Je ne confonds pas 6 et 9 » et, en fin de cahier, de petites additions. Soit les plus jeunes feront des progrès fulgurants sous le soleil, soit les grands frères et sœurs tomberont eux aussi sous le charme de ces publications joyeuses, aux dessins vifs, aux exercices originaux et ludiques – et avec des autocollants s’il vous plaît !
Les mêmes personnages créés par Roger Hargreaves animent Le grand livre des vacances des Monsieur Madame : 168 pages, découpées en 6 sections qui chacune met en scène un héros ; une historiette ouvre le bal, puis viennent jeux d’observation, de logique, devinettes et autres puzzles, en rapport avec le caractère du personnage, ce qui est une plaisante idée. Ainsi Mme Proprette a si bien nettoyé sa maison que des bibelots ont disparu, c’est le « jeu des 7 erreurs » adapté à la maniaque héroïne au chapeau bleu.

Dans le même état d’esprit, Gallimard jeunesse propose également des cahiers d’activités convaincants, portés par ses héros d’hier et d’aujourd’hui : Le Prince de Motordu, Pénélope, mais aussi Pierre Lapin et Le Petit Prince unissent leurs forces dans un même recueil, Le grand livre de jeux de Gallimard jeunesse, pour inciter l’enfant à lire, à dessiner, à faire preuve de raisonnement et d’imagination ; tandis que Trotro et Les petites bêtes, forts de leur renommée, font cahier à part : l’ânon, sous le trait libre de Bénédicte Guettier, propose aux plus jeunes des activités gaies et délurées (peindre sur les murs de la chambre de Trotro, reconnaître des sentiments et des sensations selon les expressions des héros), alors que les animaux d’Antoon Krings sont plus axés sur l’observation de la nature, les formes et les couleurs. (Le livre-jeux de Trotro de Bénédicte Guettier ; Le grand livre de jeux des drôles de petites bêtes d’Antoon Krings).

Les éditions NordSud offrent quant à elles une réalisation aussi intéressante que variée, et pour cause : quatorze jeunes talents des Beaux-arts de Hambourg ont concocté un épais recueil de jeux de toutes sortes. Histoires à compléter en mots ou en images, labyrinthes, énigmes, l’initiative est une grande réussite et on ne se lasse pas de suivre les malicieuses consignes de ces jeunes artistes aux styles et aux idées si divers : Y a plus qu’à s’amuser !

Sur le thème de « La ville » ou de « La campagne », Olivia Cosneau (Seuil jeunesse) invite les enfants à colorier et à compléter de belles scènes s’étirant sur les grandes doubles pages du recueil : la page de gauche a été décorée par l’illustratrice, qui suggère à l’enfant quelques pistes afin de dessiner la page de droite à sa manière à lui. Les lieux les plus représentatifs prennent formes et couleurs au gré de cette balade poétiquement documentée.

A toi de dessiner ! « Spécial vacances », « Spécial soleil » : un plus petit format (facile à transporter), du noir et blanc, de la sobriété et des rires, tout cela caractérise les deux cahiers proposés par l’Anglais Nikalas Catlow pour Les activités du Père Castor. On est toujours dans le monde des vacances, et c’est à l’enfant d’imaginer les siennes : le buffet du déjeuner, un cerf-volant, des gens qui bronzent. Ici les consignes sont remplacées par des suggestions pleines d’humour ou par de simples questions, histoire de doper l’imaginaire…

Le Centre Pompidou, enfin, propose toute une gamme d’ouvrages autour de l’art : Le cahier d’activités sur l’art moderne et contemporain… pour apprendre aux enfants de 8 à 11 ans qu’il n’y a pas que la Joconde dans la vie (par Cécile Guibert Brussel et Laurent Audouin) revendique la légèreté de l’approche, avec une suite de jeux permettant de découvrir des œuvres du 20e siècle : « Dessine la tête en bas », comme Baselitz ou « Imagine un rêve », comme celui de Matisse. L’art est plus ici un prétexte qu’une vraie expérience, tant les reproductions sont petites et les œuvres à peine effleurées. En revanche, dans la série conçue par Anne Weiss Mon Picasso, Mon Kandinsky ou Mon Matisse à moi, qui propose pour chaque artiste une brève présentation de sa vie, de sa conception de la peinture, ainsi qu’une explication sur sa technique, avant d’inviter l’enfant à imaginer une œuvre « dans l’esprit de » à l’aide d’autocollants à placer dans un décor approprié, on peut concevoir que le lecteur ressorte de cette double expérience – l’observation d’un tableau puis son prolongement créatif – avec une vraie notion de ce que furent pour ces peintres la couleur, la forme, le mouvement…
Et toujours dans l’idée de s’imprégner de l’univers d’un artiste, « Comme à l’atelier » prolonge en quelque sorte l’idée du workshop, ici il s’agit de l’atelier créatif que Tadashi Kawamata a animé au Centre Pompidou ce printemps : sous la somptueuse couverture de ce premier ouvrage se cache une série de cabanes à découper et plier, que l’enfant pourra ensuite positionner sur les larges vues du bâtiment reproduites plus loin. Avant d’aller comparer son œuvre à celle du célèbre artiste japonais, qui a accroché ses structures aux façades de Beaubourg où elles demeureront jusqu’au 23 août !

Sylvie Neeman
Article paru dans Le Temps du 24 juillet 2010